Le tout premier Comité de pilotage du Programme de finance climatique vient d’être lancé à Yaoundé, dans un Bassin du Congo qui, bien que 2ème poumon vert de la planète, ne capte que moins de 3 % des fonds mondiaux.
Le Cameroun a tenu sa première session du Comité de pilotage du Programme de finance climatique, le 3 juillet 2026 à Yaoundé. Cette rencontre était axée sur le lancement opérationnel d’un cadre stratégique destiné à mieux organiser, coordonner et suivre les actions liées au financement climatique au Cameroun.

Logone et Chari dans l’Extrême-Nord du Cameroun en 2020. Des kits d’aide humanitaires portés par la Croix Rouge pour soutenir les populations victimes d’inondations dévastatrices. Credit Photo: Taher Liman / CICR
Le financement climatique intègre un ensemble de ressources financières publiques, privées ou alternatives mobilisées pour soutenir la transition écologique et la lutte contre le changement climatique. D’après le PNUD Climate Promise, le financement climatique est crucial dans la lutte contre le changement climatique, en raison de l’échelle des investissements qui sont nécessaires pour passer à une économie mondiale à faibles émissions de carbone et aider les sociétés à renforcer leur résilience et à s’adapter aux impacts du changement climatique.
Les effets du changement climatique sont de plus en plus dévastateurs. Les pays sont confrontés aux inondations, à la dégradation des terres cultivables et à la pression sur les ressources naturelles. Face à cela, de nombreux pays en Afrique mettent en place des initiatives pour capter des financements auprès des bailleurs de fonds ou des entités locales.
L’état des lieux dans le Bassin du Congo
Au Cameroun, les autorités envisagent de doter le pays d’outils plus efficaces pour mobiliser les financements nécessaires à son adaptation et à sa transition vers un développement durable.Le Programme de finance climatique mis en place au Cameroun, vise notamment à renforcer l’accès du pays aux ressources nationales et internationales dédiées au climat, à améliorer la préparation des projets bancables et à accompagner les secteurs prioritaires tels que l’agriculture, l’énergie, l’eau, l’assainissement, les infrastructures vertes et la protection des écosystèmes.
Son voisin, la Guinée équatoriale, semble bien avancé sur le sujet. Le Rapport-pays 2023 publié par le Groupe de la Banque africaine pour le Dévelopement reconnaît que la croissance économique ne doit pas compromettre l’environnement, le climat et le développement durable. En effet, l’Agenda 2035 du pays, à travers le Programme national de développement économique et social – PNDES (2020-2035) met l’accent sur le besoin d’une croissance inclusive compatible en conformité avec la durabilité environnementale et climatique.

Des enfants traversent un grand canal d’évacuation à Douala. Ces drains aident à vider l’eau de pluie pour éviter que les quartiers soient inondés. Crédit Photo: Communauté Urbaine de Douala.
Du côté de la République du Congo, les programmes de finance climatique se structurent autour de la valorisation du Bassin du Congo et de la mobilisation de fonds multilatéraux. Plusieurs initiatives concrètes sont déjà opérationnelles sur le terrain.
En 2025, la République du Congo a obtenu 1,3 milliard de Fcfa pour financer des initiatives de préservation de son écosystème et de mitigation des impacts du changement climatique. Cet appui financier est obtenu aux titres du Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et du Fonds Vert pour le Climat (FVC), dans le cadre de la mise en œuvre et de la consolidation de la politique nationale climat-biodiversité. Ces financements permettront de réaliser les actions suivantes : La mise en oeuvre de stratégies nationales conformément aux engagements qui lient le pays au cadre Kunming-Montréal sur la biodiversité et à l’Accord de Paris sur le Climat ; l’accréditation d’une entité nationale au Fonds Vert pour le Climat ; la promotion de techniques culturales modernes et durables auprès des producteurs locaux pour assurer la pérennité des ressources et l’intégrité environnementale des écosystèmes.
La République Démocratique du Congo (RDC), grâce à ses vastes forêts qui absorbent plus de carbone qu’elles n’en émettent a axé la finance climatique sur les marchés du carbone en s’appuyant sur l’Article 6 de l’Accord de Paris, la conservation des écosystèmes forestiers, et des projets d’adaptation communautaire.
le paradoxe d’un poumon vert
Bien que la RDC soit considérée comme un « pays solution » grâce à ses vastes forêts, elle ne reçoit qu’une fraction du financement climatique mondial. Les flux sont ponctuels et ciblés : le pays a obtenu 8 millions de dollars ( environ 4,7 milliards de Fcfa, selon Google Finance) du Fonds pour l’environnement mondial et 19,5 millions de dollars ( environ 11 milliards de FCFA ) de la Banque mondiale.
Les pays d’Afrique centrale sont confrontés à un paradoxe climatique. Ils abritent d’immenses puits de carbone mais reçoivent une part marginale des financements climatiques mondiaux (moins de 3 %). Les besoins du continent sont évalués entre 1 600 milliards et 1 900 milliards de dollars pour la période actuelle, bien que l’accès à ces fonds reste un défi majeur.
Selon l’Organisation internationale de la Francophonie, la faible capacité de ces pays à mobiliser les financements climatiques s’explique par la fragilité de leurs institutions , le manque de cohérence entre leurs plans de développement et leurs politiques environnementales. À cela s’ajoute une mauvaise maîtrise des procédures d’accès et des modalités de soumission des projets aux différents guichets « climat » et « biodiversité ».
Le rapport du groupe Banque mondiale, sur le Diagnostic du Financement des Risques de Catastrophe indique que les besoins annuels moyens pour répondre aux inondations et épidémies en RDC sont estimés à 62 millions dollars. Tandis que les événements graves peuvent coûter jusqu’à 389 millions dollars pour une inondation majeure ou 60 millions dollars pour une épidémie grave. Mais, le budget du gouvernement congolais actuel est de 3,5 millions dollars par an.
Au Cameroun, le gouvernement a prévu d’affecter plus de 406 milliards de Fcfa à la lutte contre le changement climatique. Selon le Document budgétaire sensible au climat (DBSC) annexé à la loi de finances, ce montant représente 4,7% du budget de l’État, évalué à plus 8.8 milliards de Fcfa.
Le Bassin du Congo est l’un des plus grands puits de carbone au monde et compte 10 % de la biodiversité mondiale. Sa préservation est essentielle non seulement pour assurer les moyens de subsistance des 75 millions de personnes qui y vivent de même qu’un habitat pour les 10 000 espèces de plantes tropicales, dont 30 % sont endémiques, plus de 400 espèces de mammifères, 1 000 espèces d’oiseaux et 700 espèces de poissons, mais aussi rehausser de ce fait, les efforts mondiaux de lutte contre les changements climatiques et la perte de biodiversité. Pourtant, cet écosystème précieux est fragilisé par la déforestation, la dégradation de l’environnement, l’augmentation de la population qui passera à plus de 384 millions d’habitants en 2050 et l’impact du changement climatique.
