L’exploitation forestière et l’abattage illégal du bois menacent le mode de vie des gardiens de la forêt d’Afrique Centrale.

A 60 km de Douala, au Cameroun, une route en terre mène au village sur une route en terre mène au village Mamba, situé au cœur du département du Nkam, région du Littoral. Ici, les populations ont longtemps vécu des dérivés de la forêt et de l’agriculture.

Mais, la situation a changé et les conséquences se font ressentir, comme a pu le constater InfoCongo durant sa descente à Mamba.

Piste en terre battue qui mène au village Mamba, Cameroun/ Image par Joël Kouam/InfoCongo

 

Paul Toumé Joseph, est un des habitants du village Mamba. Il se remémore les souvenirs de son enfance. « Les animaux, ils étaient à la portée de tout le monde, ils venaient carrément jusqu’à la maison. Ils venaient manger les noix de palme. Lorsque nous souhaitions quand on venait manger du gibier, c’était à notre portée », raconte Paul.

D’après des témoignages concordants des natifs de la localité, à l’époque de la SNC bois, principale société forestière du village, il y avait encore beaucoup d’arbres à Mamba. Le sol était fertile et les récoltes étaient abondantes. Les habitants du village mangeaient à leur faim. « Lorsque la SNC bois existait, on ne souffrait pas. On ne criait pas famine. Une tige de manioc pouvait faire le plein d’une cuvette”, ajoute Paul.

Aujourd’hui, les populations de Mamba souffrent de l’invasion des hérissons qui détruisent leurs cultures.  “Vous voyez cela à l’air bien, mais revenez-vous n’allez rien trouver, pourtant avant les gens vivaient à l’aise”, déclare Paul, montrant du doigt un champ de manioc »

Sacrifier les droits des peuples autochtones

Si la déforestation affame les populations forestières de Mamba au Cameroun, elle entraîne des migrations des peuples autochtones de la République du Congo.  

Plus loin du Cameroun au sud de la République du Congo, Dans le département de la Lékoumou, l’exploitation forestière a poussé les peuples autochtones à quitter leurs campements en forêt, pour se réfugier au village Loukana. Pour faciliter l’activité des exploitants forestiers, une route nationale a divisé en deux le village de ces gardiens de la forêt. 

Les populations ont été obligées de migrer vers de nouveaux territoires, changeant par la même occasion leurs modes de vie. Finies les cases à l’ancienne, ce sont désormais des maisons en briques cuites pour ces peuples appelés à s’adapter à ce nouveau mode de vie.

Jean Miete est un des habitants du village Loukana. « Nous habitions la brousse tranquillement sans plainte. Ils (les responsables de l’administration, ndlr) ont pensé que nos vies étaient menacées, par je ne sais pas quoi dans la forêt., Ils ont décidé de nous délocaliser et sur conseils des anciens, nous sommes venus vivre ici » Jean Miete et sa communauté craignent désormais le pire, au de la de la forte exploitation des forêts tropicales.

Selon des données de Global Forest Watch analysées par InfoCongo, le bassin du Congo a perdu plus de 600 mille hectares de forêts primaires en 2020, soit une augmentation de 9% par rapport  à l’année 2019. De 2002 à 2020, la République du Congo a perdu 350 mille hectares de forêts primaires, soit 42% de sa perte totale de couverture forestière dans la même période.  

Pour Audrey, elle aussi autochtone du village Loukana, « Tout est fini déjà, tout a été détruit et tout est presque détruit”. 

“Ils ont à nouveau repris la coupe d’arbres. Dans notre ancien village dans la forêt, tout a été détruit dans la brousse pour faire passer la route », déplore la femme autochtone.

En République du Congo, la loi 43 sur l’environnement sain stipule que dans toute zone forestière, la restauration des terres doit se faire après l’exploitation minière ou forestière. “En pratique, plusieurs exploitations sont délaissées telles qu’elles, avec comme conséquences des trous restés béants provoquant parfois des pertes en vies humaines” a confié à InfoCongo un acteur de la société civile basé au Nord du Congo. C’est le cas du village Bamegouar dans le district de Souanké dans le département de la Sangha. 

D’après ce défenseur des droits des communautés forestières, qui a requis l’anonymat, très souvent, des exploitants forestiers comme miniers violent la loi 5-2011 du 25 février 2011 portant promotion, protection des droits des populations autochtones au Congo.

“Dans la Sangha, l’exploitation forestière se fait au mépris des droits des communautés locales et populations autochtones dans la majorité des cas”, conclut-il.

Une famille autochtone du village de Mbata en RCA. Photo par Samuel Nzam/InfoCongo

Des plantes médicinales de plus en plus rares à Mbata 

Au Sud de la Centrafrique, des milliers de peuples autochtones vivent dans la commune de Mbata, une zone forestière. Pour faire face aux problèmes de santé récurrents dans la communauté, les familles font recours à la pharmacopée traditionnelle accessible pour tous et axée sur les racines, les feuilles et les écorces d’arbres. Pour Paul Mamba, chef du camp, des exploitants forestiers exercent de nombreuses pressions sur ces ressources.

« Tous nos produits viennent de la forêt. Ils ont tout détruit, les grands arbres comme les petits, nous sommes en danger. »

A Mbata, l’exploitation forestière et l’abattage clandestin représentent les principales causes de la déforestation. Les essences médicales sont détruites, mettant en difficulté la médecine traditionnelle. Odyssin, spécialiste de la pharmacopée dans la localité et maire de Mbata, peine à trouver les produits nécessaires à la prise en charge médicale de ses patients.

« Les sociétés qui font les sciages artisanaux sont à l’origine de la déforestation et cette déforestation va jouer négativement dans la masse paysanne de la République Centrafricaine», affirme le spécialiste.

Odyssin, spécialiste pharmacopée au village Mbata. Photo par Samuel Nzam/InfoCongo

Partout où elle passe, l’exploitation forestière n’apporte que désolation et pleurs au lieu d’une amélioration des conditions de vie des peuples autochtones. Il est donc impératif que les autorités de ces pays prennent conscience et agissent pour freiner la déforestation, suggère François Medjo, Expert Eco développement au Cameroun.

 « Nous attirons l’attention des décideurs et du gouvernement du Cameroun à aider les communautés en reprenant cette activité en main. Cela permettra permettre aux communautés de capitaliser les revenus forestiers qui leur sont reversés, notamment la RFA et les revenus sociaux. Les communautés forestières sont aujourd’hui victimes car les destructions au niveau de l’environnement sont énormes », ajoute l’expert.

Crédit

Ce reportage a été réalisé grâce au soutien du Congo basin Rainforest Journalism Fund en partenariat avec Pulitzer Center. Ce reportage a bénéficié de la collaboration de  Joel Kouam et Samuel Nzam en Centrafrique.

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