RDC : Un Plan Climat à l’épreuve de la réalité

Réduire de 17% ses émissions de gaz à effet de serre, protéger sa biodiversité et ses forêts et améliorer les conditions de vie de sa population rurale d’ici à 2030, tels sont les principaux piliers du Plan d’action pour le changement climatique de la République Démocratique du Congo. Des objectifs ambitieux à réaliser dans un […]

Réduire de 17% ses émissions de gaz à effet de serre, protéger sa biodiversité et ses forêts et améliorer les conditions de vie de sa population rurale d’ici à 2030, tels sont les principaux piliers du Plan d’action pour le changement climatique de la République Démocratique du Congo. Des objectifs ambitieux à réaliser dans un contexte environnemental complexe, économiquement hésitant et socialement pénible. Quelle stratégie le pays met-il en place pour les atteindre ?

C’est arrivé à Kinshasa et à Goma, en février 2016 : des inondations et glissements de terrain. Le fleuve Congo s’ensable de plus en plus; des lacs, tel à Kinkondja dans le Katanga, connaissent des assèchements préliminaires. La sécheresse oblige des éleveurs à immigrer pour trouver de nouvelles prairies, comme l’ont fait les Mbororo en Ituri, au nord-est du pays, une situation qui engendre parfois des conflits avec les communautés locales.

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Les éleveurs Mbororos venus du Nord dans la Province Orientale

Plus globalement, la température augmente et entraîne une chaleur de plus en plus aigüe, pendant que la saison sèche s’allonge. Les pluies sont mal réparties, se concentrant sur une courte durée et entraînant des inondations et glissements de terrain. Le contexte climatique qui précède ce plan « est alarmant et appelle à agir dès à présent », constate le climatologue et professeur de l’Université de Lubumbashi, Jean-Pierre Ndjibu.

Tels sont les défis climatiques auxquels devra répondre ce plan, évalué en mars dernier à Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga, lors d’un atelier de validation qui a réuni les experts environnementaux, des ONGs, le gouvernement ainsi que les délégués du COMESA (le marché commun d’Afrique de l’Ouest et de l’est).

Une politique à deux paliers : adaptation et atténuation

Il faut donc agir et la RDC élabore cette politique qui veut réduire de 17%, d’ici à 2030, l’émission des gaz à effets de serre et développer les communautés locales. Pour y arriver, trois secteurs clés sont prioritaires : l’agriculture, les forêts et l’énergie. La stratégie consiste à impliquer les acteurs publics et privés, y compris les communautés locales. Chaque action à mener est appelée à s’inscrire dans une des deux politiques globales dans le lutte contre le changement climatique: l’adaptation et l’atténuation.

En ce qui concerne les forêts, par exemple, il s’agit de procéder par un reboisement ou une reforestation d’une superficie ayant perdu sa végétation en vue d’atténuer les conséquences de la déforestation ou du déboisement dont souffre une collectivité. Aussi, dans l’agriculture, le plan prévoit d’offrir aux paysans des semences améliorées et des conseils, en vue d’atteindre une bonne production alors que le cycle des pluies change.

Une aubaine pour les communautés rurales 

Voulu comme bénéficiaire du Plan climat de la RDC, le paysan congolais vit souvent dans une pauvreté accentuée : dépourvues de structures de santé de qualité, de routes, d’eau potable et même d’électricité, etc. En revanche, parfois agriculteurs et fabricants de charbons de bois en même temps, le taux de déforestation par les paysans est supérieur à celui des entreprises minières dans l’ex-Katanga, par exemple. Le défi est donc de rendre d’améliorer la qualité de vie des communautés rurales afin que s’arrêtent les pratiques destructrices de l’environnement jusqu’ici justifiées par les besoins de survie.

« Ils abattent les forêts parce qu’ils veulent vendre du bois ou mieux récolter leurs cultures. Parfois ils  n’ont pas d’autres choix. Un chasseur qui rencontre un éléphant, même sachant qu’il court les risques d’être poursuivi en justice pour cela, il décide de l’abattre quand même. Il croit pouvoir trouver un peu plus d’argent », commente Serge Kalonji, militant pour la protection des ressources naturelles.

De nouvelles infrastructures durables comme les écoles et les bonnes routes sont prévues dans certaines contrées pour la première fois depuis l’indépendance. Mais les environnementalistes relèvent que sans suivi et sans une réelle coordination, comme certains projets lancés avant, le Plan climat congolais ne reste qu’un discours.

L’enjeu, trouver des financements

De l’argent, il en faut beaucoup, pour que cette politique fonctionne. Mais avec un budget qui ne franchit guère la barre de 8 milliards de dollars US, le gouvernement congolais ne saurait financer une telle politique. A titre d’exemple, le programme de rétablissement du paysage forestier demande, à lui seul, 1,233 milliards de dollars US. Il faut 404.263 millions (USD) pour des actions urgentes d’adaptation et d’atténuation des effets du changement climatique. Et, l’agriculture a besoin de 604,30 millions de dollars US. « Pour l’agriculture, l’eau et l’énergie, on ne doit pas attendre les apports extérieurs. Le gouvernement peut développer de petits projets comme « bois et énergie » avec ses propres moyens », ajoute l’environnementaliste John Katanga.

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Pour ce, Kinshasa a le regard tourné vers l’extérieur. Pour le conseiller du ministre de l’environnement Luc Atundu, « le gouvernement manifeste de plus en plus la volonté d’agir pour le climat. Mais le défi, selon les environnementalistes, de montrer que la mobilisation actuelle n’est pas mue par les annonces des financements internationaux. La protection de la deuxième réserve forestière mondiale, la forêt équatoriale, attire le monde. Le Fonds Vert pour le Climat défini en 2009 par les pays développés, par exemple, s’avère une ressource très attendu ». Cette contribution de 100 dollars US annoncée d’ici à 2020 devrait soutenir l’adaptation et l’atténuation du changement climatique au Sud. Toutefois, souhaite Serge Kalonji. « Cela ne devrait pas être la seule motivation des efforts du gouvernement ».

Outre le Fonds Vert pour le Climat, Kinshasa peut compter sur plusieurs autres apports bilatéraux et multilatéraux. En 2009, les pays du bassin du Congo ont lancé le Fonds forestier du bassin du Congo en vue de réduire le taux de déforestation. Mais il y a surtout la Banque Mondiale qui soutient plusieurs projets dans le domaine de l’assainissement, de l’eau, de l’électricité et de la protection des forêts.

Une politique environnementale à double face

Ces efforts de plaire aux bailleurs de fonds internationaux risquent de tomber à l’eau car, bien que prônant le développement d’une économie verte, la RDC prend des décisions contradictoires en matière de protection de l’environnement. Au nombre des dossiers saillants sur les différentes tables des ministres, se trouvent la grande polémique sur l’exploitation du pétrole dans le Parc National des Virunga et, plus récemment, l’enclenchement de la levée du moratoire sur l’exploitation du bois dans sa forêt. Les deux affaires sont décriées autant par les organisations internationales et nationales et leur mise en œuvre pourrait causer du tort autant au bien-être de la population, au partage des bénéfices et surtout à l’environnement.

Personne n’espère que la mise en œuvre du plan climat de la RDC soit un doux voyage sur un long fleuve tranquille, mais avec la réalité actuelle, attendons de voir qui va remporter la bataille de l’économique sur l’environnemental.

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