Avec ses quelques 6 millions d’habitants, la gestion des déchets ménagers demeure difficile à Lubumbashi, deuxième ville de la République Démocratique du Congo, où les décharges publiques attendent parfois des années pour être évacuées. Pollution et maladie rythment alors le quotidien des maisons environnantes.

Environ 4kg de déchets ménagers sont produits quotidiennement à Lubumbashi, selon la mairie de la ville. « Chiffres (officiels) à relativiser, puisque des foyers pauvres étant nombreux, on se demande d’où leur viendront les 4kg si déjà plusieurs peinent à se nourrir », explique Jean-Pierre Ilunga Ngwej, Conseiller du maire de Lubumbashi et spécialiste en environnement.

Au camp Maramba, une décharge transitoire qui n'a pas été vidée depuis plus de 6 mois

Au camp Maramba, une décharge transitoire qui n’a pas été vidée depuis plus de 6 mois

Mais ils sont là, les déchets, malgré tout. Au camp Maramba-KDL, par exemple, un quartier attenant au centre-ville et habité par les employés de la SNCC (Société Nationale des Chemins de Fer du Congo), une forte décharge coincée entre quatre parcelles n’a pas été évacuée depuis plus d’une année. Mouches, rats et odeurs nauséabondes pullulent entre les maisons tout autour. « Les autorités ont annoncé, il y a une année, qu’elles viendraient évacuer ces immondices. Elles sont toujours là. Chaque jour la montagne s’allonge. Certains jettent ici les cadavres de leurs chiens et chats dans des sacs. Tout cela finit chez nous », explique Adèle, une jeune femme du quartier.

Un peu plus loin, dans le même quartier, une autre décharge oblige les voisins à fermer, tous les jours, portes et fenêtres. « Nous demandons aux habitants du quartier de ne plus jeter leurs immondices personne ne nous écoute. Les mouches se posent même sur les repas. La maladie commune à tous ici, c’est la fièvre typhoïde », témoigne Perpétue, habitante du camp Maramba.

“D’un autre côté, les personnes âgées, mais surtout les enfants, sont les plus exposés à cette maladie. Au moins 3 patients sur 5 présentent des tests positifs à la fièvre triploïde au centre de santé Neema, à proximité du camp Maramba, depuis le début de la saison des pluies”, explique Dr Innocent ASANI, médecin généraliste. « Les enfants jouent souvent au sol et ne se lavent pas proprement. En plus, cet environnement, envahi par des immondices, attire les mouches et expose les aliments à la contamination », précise Dr Alex Tshihutu, autre médecin généraliste. Déjà l’inhalation des gaz nés de la fermentation des déchets peut causer d’autres affections, reconnaissent-ils.

Sur des terrains jamais dépollués

Lubumbashi s’étend rapidement et rattrape des zones lointaines, jadis utilisées comme décharges publiques. Des maisons ont été bâties sur ces sites jamais dépollués, comme par exemple, à Kabecha, dont le nom signifie poubelle en kilamba, à l’est de la ville, vers la commune Ruashi. La SNCC a même déjà usé de cette décharge comme poubelle pour ses ferrailles. « J’ai failli perdre mon gros orteil en jouant au football, explique Patrick, 16 ans, habitant du quartier. En ratant mon ballon, mon orteil a fini dans un morceau de bouteille. Nous venions d’emménager dans notre nouvelle maison. Des verres, des ferrailles, toutes sortes de déchets, il y en avait plein ». Plusieurs se sont contentés d’évacuer les déchets qu’ils ont pu amonceler. « Mais ce n’est que la surface, explique Ilunga Ngwej, conseiller du maire. Pour les déchets enfouis dans le sol ou dont les constituants ont infiltré le sol, par exemple, il faut une étude sérieuse et des actions conséquentes. Parfois, les polluants atteignent la nappe aquifère. »

Marché Mzee LD Kabila, au centre-ville de Lubumbashi, un bac d'immondices attend son évacuation

Marché Mzee LD Kabila, au centre-ville de Lubumbashi, un bac d’immondices attend son évacuation

Une faible coordination des évacuations des immondices

Mais la mairie de Lubumbashi ne sait réellement pas comment gérer tout cela ni comment évacuer les décharges publiques transitoires dont elle a pourtant encouragé l’utilisation. Le service d’assainissement urbain a placé, à chaque point de grande affluence des populations, des bacs de 3 tonnes comme poubelles publiques. Parfois, ils restent là quelques jours remplis avant l’évacuation. Les camions de la mairie ne peuvent pas desservir toute la ville. Aussi, plusieurs quartiers se trouvent enclavés, avec eux, les décharges transitoires. Difficile que les camions y accèdent. « La peine c’est que les services qui lotissent de nouveaux terrains y vont seuls, laissant des services connexes, pourtant censés être là pour urbaniser automatiquement les nouveaux quartiers. De nouveaux quartiers naissent, mais l’urbanisation ne suit pas », explique Jean-Pierre Ilunga Ngwej. Ceux qui en ont les moyens louent les services des privés qui évacuent les ordures en camion ou en chariots, le plus souvent.
Une société de traitement d’immondices à capitaux mixtes

La mairie de Lubumbashi est peut-être en voie de trouver une solution à la gestion des immondices. Seulement, il faut encore du temps. Elle a signé, en 2015, un partenariat avec des hommes d’affaires sud-africains, accord qui a fait naître la société Centurion Investment. Elle se charge d’évacuer des ordures et de les stocker. Puis, après cinq ans, passera au tri et au traitement de ces déchets. Ce recyclage permettra notamment la production des compostes pour l’agriculture, selon Jean-Pierre Ilunga Ngwej. La brigade d’assainissement qui, à ce jour, travaille avec des moyens du bord, sera déversée dans alors dans Centurion Investment.

Mais la question environnementale de base, c’est-à-dire, comment gérer les immondices, n’est pas résolue à ce jour. La mairie de Lubumbashi annonce encore étudier, avec ses partenaires, les possibilités entre la destruction par enfouissement dans le sol et le recyclage des immondices, et les moyens de préserver la santé de la population.

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