Lubumbashi entre mauvaises récoltes et famine

L’ancienne province du Katanga, région septentrionale de la République Démocratique du Congo, s’apprête à vivre une de ses pires crises de maïs. À une pénurie de cette farine, s’ajoutent les chenilles qui ont dévasté des milliers d’hectares de cet aliment de base pour quelques 3,5 millions d’habitants. Le Katanga risque de réaliser de mauvaises récoltes […]

L’ancienne province du Katanga, région septentrionale de la République Démocratique du Congo, s’apprête à vivre une de ses pires crises de maïs. À une pénurie de cette farine, s’ajoutent les chenilles qui ont dévasté des milliers d’hectares de cet aliment de base pour quelques 3,5 millions d’habitants.

Le Katanga risque de réaliser de mauvaises récoltes de maïs en 2017. C’est une alerte de la FAO qui vient de mener dans la région, début février, une enquête avec le gouvernement du Haut-Katanga et l’Université de Lubumbashi.

Les chiffres, pour le dire, alarment : dans le territoire de Kambove, à près de 150 km au Nord-ouest de Lubumbashi, le taux d’infestations de chenilles a atteint 80% pour 66 062 hectares ensemencés de maïs. 36% de ce taux couvrent des pertes irréversibles, explique Marcel Ndoko, chef de bureau à la FAO Lubumbashi.

A Pweto, autre territoire du Haut-Katanga touché, ces pertes atteignent 30% sur les 45 000 hectares dont 40% sont infestés d’insectes. Les territoires de Kasenga et Kilwa sont eux aussi touchés, tout comme les périphéries de Lubumbashi. « Avec cette attaque du maïs, la RDC voit ses trois principales sources de nourriture sur le point d’être dévastées mettant en péril la sécurité alimentaire du Congolais », s’est inquiété Léopold Mulumba Mfumu, secrétaire général intérimaire au ministère de l’agriculture à Radio Okapi.

Les récoltes de maïs seront mauvaises dans le Haut-Katanga

Les chenilles légionnaires qui met à mal la sécurité alimentaire du Katanga

Les chenilles légionnaires qui met à mal la sécurité alimentaire du Katanga

La chenille dévastatrice, désignée a priori comme Spodoptera Giperda, d’après les recherches qui continuent à l’Université de Lubumbashi, a été identifiée dans plusieurs pays d’Afrique australe dont la Zambie voisine. Elle y a déjà touché 6 pays avant la RDC (le Zimbabwe, le Mozambique, le Malawi, la Zambie et la Namibie). « Elle attaque les organes du maïs comme le bourgeon terminal, le panicule pour les plantes qui se sont déjà développées et même les épis en formation. Avec l’incidence de cette attaque, nous sommes presque sûrs que ça va affecter la production de maïs cette année », explique Marcel Ndoko, chef de bureau à la FAO Lubumbashi.

Sur tout l’ancien Katanga, l’incidence des infestations à ces insectes s’élève à 65%, selon l’agronome Lucien Kimuni, professeur à l’Université de Lubumbashi. Pour lui, « il faut lutter contre cette chenille. On recommande les insecticides systémiques parmi lesquels le Methomyl 900 qui permet d’arrêter l’expansion de la chenille. »

Le professeur explique que le Methomyl 900 coûte 50 dollars US le kilogramme, alors que le coût de production de l’hectare atteint les 1 000 dollars US. D’où la facilité, selon lui, de combattre ces insectes sans attendre de l’aide qui risque de ne pas venir. Mais l’inquiétude c’est que de petits agriculteurs n’y arrivent pas du tout, faute de moyens, malgré le caractère abordable du prix.

« Cette année, ces chenilles nous ont surpris. Elles étaient plus nombreuses et ont détruit le maïs comme je ne l’avais jamais vu de ma vie», explique Patricia Pemba, une cultivatrice rencontrée en périphérie de Lubumbashi. «La cendre et la terre jetées dans les feuilles des plantes attaquées n’ont pas vaincu ces nombreux insectes. Avant, ce phénomène ne touchait que quelques maïs et n’avait pas du tout d’importance », poursuit-elle.

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La chenille attaque les organes du maïs comme le bourgeon terminal, le panicule pour les plantes qui se sont déjà développées et même les épis en formation.

Secrétaire général intérimaire au ministère national de l’agriculture, Léopold Mulumba ne voit pas la solution sans intervention du pouvoir public, rapporte Radio Okapi. Il recommande de relancer les fermes semencières, d’« acheter des pesticides pour le traitement préventif et curatif des semences et des champs, (…) et activer les campagnes agricoles à travers tout le pays en donnant les moyens aux producteurs ».

Des actions qui risquent de ne pas suivre rapidement, au regard de la crise qui frappe le pays. D’un budget mince de 9 milliards de dollars US, l’État l’a réduit à 6 milliards.

En 2016, la FAO avait alerté sur les risques de famine dans l’ex-Katanga. Les régions rurales les plus au sud, parfois touchées par l’activisme des miliciens Maï-Maï et des conflits communautaires qui déplacent des milliers de personnes, sont les plus concernées. Le territoire de Pweto, par exemple, comptait environ 83 000 déplacés et personnes retournées au 31 décembre 2016, selon un bulletin de liaison du Bureau de Coordination des Affaires humanitaires, OCHA.

La destruction des plantations et les mauvaises récoltes qu’elles présagent risquent d’empirer la situation alimentaire de ces personnes de manière particulière.

Une pénurie de maïs et de besoins urgents d’importations

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Le sac de maïs est passé de 10 dollars US environ (9 000 Francs congolais), à 40 dollars (50.000 Francs congolais) en quelques mois

Ces informations sur la destruction des champs de maïs confirment l’alerte lancée des jours plus tôt par les autorités locales. Mais ces dernières se montrent aussi embarrassées par la pénurie de farine de maïs à Lubumbashi. Le sac de 25 kg de farine de maïs a quadruplé son prix entre janvier 2016 et février 2017. Il est passé, en effet, de 10 dollars US environ (9 000 Francs congolais), à 40 dollars (50.000 Francs congolais).

Difficile pour de nombreux foyers de consommer même le repas unique par jour à Lubumbashi. De quoi alimenter une polémique entre politiciens. C’est le cas de Guellord Kilanga, pourtant membre de la majorité au pouvoir, qui a appelé le gouverneur du Haut-Katanga, Jean-Claude Kazembe, à démissionner. Il l’accuse de n’avoir rien fait pour protéger la population de la pénurie de maïs. Dans ce contexte, les autorités locales ont évité de se prononcer sur cette crise désormais politisée.

L’essentiel du maïs consommé à Lubumbashi est importé de l’Afrique australe, principalement de la Zambie. Mais il se fait qu’en attendant de nouvelles récoltes, ce pays n’exporte plus d’importants stocks. De son périple dans la sous-région, le gouverneur Kazembe n’a ramené pas plus que de promesses de nouvelles cargaisons de maïs.

Lubumbashi, en effet, produit peu qu’il ne consomme. Même s’il reste difficile d’obtenir des chiffres du volume des importations, plusieurs commerçants attestent qu’une grande partie de la farine de maïs consommée vient de la Zambie.

En attendant les récoltes, c’est la spéculation des prix qui continue à ruiner l’économie des plus faibles dans un contexte de crise financière aiguë en RDC.

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