L’élevage des abeilles au Cameroun traverse actuellement une zone de turbulence. Des apiculteurs expérimentés ont amèrement constaté que leurs ruches étaient attaquées par les varroas. Ces acariens, qui collent aux abeilles comme des poux, infestent progressivement les ruchers, avec pour conséquence directe l’affaiblissement et la mort de nombreuses colonies d’abeilles.

AbeilleVarroa-En Asie V. destructor est un parasite anodin d'Apis cerana...La varroase est une maladie causée par l’acarien de l’espèce Varroa jacobsoni, découvert à l’origine en Asie du Sud-est sur la petite abeille asiatique Apis cerana. On sait peu de choses sur les acariens qui s’attaquent aux abeilles domestiques en Afrique, mais ils sont à prendre en considération lorsque l’on se trouve confronté à une colonie qui s’affaiblit sans raison apparente. Si le Varroa finit par se répandre et s’installer dans toute l’Afrique, les conséquences pourraient en être très graves.

Selon Koulle  Abdel Malick, apiculteur exerçant à Kombe, à une quarantaine de kilomètres de Douala dans la région du Littoral, Luc Larnicol, un partenaire apiculteur français en séjour dans leur ferme, leur aurait permis de détecter ces bestioles dans leurs ruches, ainsi que chez d’autres apiculteurs de la zone. « Nous avons également trouvé des varroas dans l’élevage d’une de nos collaboratrices à Tibati, dans la région de l’Adamaoua dans le nord du pays ‘’, a-t-il confié.

Owona Fabien, apiculteur basé à Ngoumou près de Yaoundé, est formel : ’’je confirme que la varroase, qui est la maladie causée par les varroas, est bel et bien au Cameroun. J’ai deux ruches qui ont été attaquées par cette maladie récemment. Mais je pense honnêtement que cette calamité est effectivement entrée dans notre pays en 2013, car, cette année-là, la production apicole avait inexplicablement chuté et l’on avait attribué cela à l’effet des changements climatiques’’ souligne-t-il.

Les officiels sont également conscients du danger qui guette cette activité. Annie Noubissi, cadre à la Direction des productions animales au ministère de l’élevage, des pêches et des industries animales (Minepia) renforce cette thèse : ‘’ La varroase est présente au Cameroun. Nous avons procédé à des prélèvements d’échantillons dans les grands bassins de production, que nous enverrons dans quelques jours au Kenya à une institution spécialisée pour des analyses plus approfondies. Les résultats nous permettront d’organiser une riposte efficace à cette maladie’’, relève-t-elle avec une assurance qui tranche avec la réserve habituelle des pouvoirs publics.

La déforestation, un des facteurs d’établissement et de propagation des varroas

Les apiculteurs ont également remarqué que la varroase est essentiellement signalée dans les zones ayant connues une déforestation accentuée. Par contre, là où il y a des forêts primaires et qu’il n’y a pas eu beaucoup de déforestation, ce problème ne se pose presque pas. C’est comme si les abeilles situées dans ces zones trouvaient un moyen pour mieux combattre les varroas.

Adama Myounh, une apicultrice basée à Tibati, tente de donner une explication à ce phénomène : ‘’ Là où il y a des arbres, les abeilles prélèvent des résines sur les arbres, sur certains bourgeons pour combattre les maladies qui les dérangent. De façon naturelle et instinctive, les abeilles savent qu’elles doivent prélever les résines des arbres pour combattre les maladies et fabriquer la propolis. Avec la déforestation, ces arbres sont malheureusement abattus. Et les abeilles ne trouvent plus dans leur environnement les arbres qui peuvent les aider à combattre les maux qui les minent. Les abeilles qui sont dans les zones où la biodiversité est encore dense sont plus résistantes que les autres’’.

D’après les apiculteurs rencontrés, la qualité du miel produit dans une ruche atteinte de la varroase reste intacte, car d’après eux, les varroas ne recherchent pas le miel, mais les abeilles sur lesquelles ils restent accrochés.

La perte des colonies d’abeilles, une catastrophe pour l’agriculture et la biodiversité

Les abeilles jouent un rôle essentiel dans la préservation de la biodiversité. Ce sont des insectes pollinisateurs, c’est à dire qu’elles transportent le pollen des fleurs qu’elles butinent sur le pistil d’autres fleurs, ce qui permet la fécondation et la reproduction des espèces agricoles et végétales.

D’après Owona Fabien, ‘’une abeille peut butiner plus de 1 000 fleurs par jour, et une colonie d’abeilles peut butiner près de 5 000 000 fleurs chaque jour. Avec l’invasion des varroas, le Cameroun ne perd pas seulement sa production du miel, c’est le moindre mal. La production agricole va aussi chuter, sans parler de l’impact catastrophique sur la biodiversité en ce moment où la planète toute entière œuvre pour la préservation de l’environnement’’, plaide-t-il.

La chute brusque et inexplicable du rendement parmi les premiers signes d’alerte

D’après les éleveurs, le premier signe d’alerte de la présence des varroas dans les ruchers est que la colonie s’affaiblit et ne travaille plus assez. Ce qui entraîne  une chute brusque du rendement. De façon plus explicite, une colonie qui produisait régulièrement 15 à 20 litres de miel par an, se retrouve à produire moins de 5 litres de miel en une année. Le deuxième signe d’alerte extérieur est que les colonies d’abeilles désertent les ruches pour une raison inexplicable. Elles pensent fuir la maladie en désertant la ruche, alors que les varroas restent collés sur elles. Même en fuyant  les ruches, le problème n’est pas solutionné pour les abeilles.

Owona Fabien nous parle d’une troisième hypothèse : ‘’Quand on ouvre la ruche, on trouve  que le couvain n’est pas grand. Une colonie qui travaille bien a un couvain d’au moins 8 rayons. Mais vous allez retrouver avec un couvain d’au plus 3 rayons, ce qui veut dire que même la reine des abeilles ne pond plus assez’’ nous explique-t-il. Il poursuit en révélant une autre méthode de détection plus complexe : ‘’ L’apiculteur achète le sucre en poudre dans un supermarché, il prend une boîte en plastique vide et fait quelques trous sur le bouchon ou sur le couvercle de cette boîte. Il met du sucre et des abeilles dans la boîte. Puis il secoue ce mélange sur un papier blanc en évitant de tuer les abeilles. Il va se rendre compte que les grains de sucre et des points noirs vont se retrouver sur le papier. Ces points noirs sont des varroas’’, conclut-il.

La contamination se fait au fur et à mesure qu’il y a des essaimages, que les abeilles atteintes sont entrées en contact avec d’autres abeilles contaminées. Les varroas se fixent sur des abeilles au niveau du thorax pour sucer le sang, prélever les protéines et inhiber leur système immunitaire. Les abeilles s’affaiblissent et n’ont plus assez de force pour butiner. Les abeilles sont atteintes dans la ruche au fur et à mesure qu’elles naissent.  Et elles meurent après un certain temps. Et si rien n’est fait, toutes les colonies peuvent être décimées.

Quid des méthodes naturelles de lutte contre les varroas ?

Les apiculteurs camerounais ayant pris conscience de la maladie, se débrouillent  comme ils peuvent  pour combattre la maladie. Avec la boîte et le sucre en poudre, l’on peut débarrasser les abeilles des varroas selon la méthode citée plus haut. C’est une méthode efficace, mais elle est extrêmement laborieuse. Dès qu’elle est effectuée dans une colonie, cette colonie reprend son activité de plus belle.

D’autres ont également essayé la feuille de tabac. Ils la mettent dans un coin de la ruche, et l’effet insecticide du tabac chasse tant bien que mal les poux. Mais ces deux méthodes ne sont pas encore totalement validées par la science et restent purement des expériences personnelles. D’après les apiculteurs, l’on peut aussi utiliser des produits chimiques pour chasser les varroas, mais ces intrants sont  proscrits en apiculture, car le souci est de produire un miel sain. Les varroas quittent aussi les abeilles quand on enfume la ruche, mais malheureusement elles tombent dans la ruche  et contaminent le miel.

Il faut signaler que cette maladie a déjà sévi dans plusieurs autres pays du monde, notamment en France et à Madagascar avec des conséquences très fâcheuses et catastrophiques qu’on peut imaginer.

Les apiculteurs camerounais ont actuellement les regards tournés vers le Kenya, où dit-on, une plante naturelle qui chasse plus efficacement les varroas aurait été découverte. Elle est coupée en petits bâtonnets et placée à l’intérieur de la ruche. Mais en attendant, les varroas continuent de s’inviter aux ruchers et les apiculteurs doivent apprendre à vivre avec.

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