L’étude de l’ONG Forêts et développement rural (Foder) sur la cartographie des sites miniers et impacts de l’exploitation minière, dévoile les graves conséquences de ces activités souvent pratiquées en marge des dispositions réglémentaires. 

Le village Kambele, situé à l’Est Cameroun, est devenu un pôle névralgique de l’exploitation minière dans ce pays du  Bassin du Congo, au prix de lourdes conséquences environnementales. Si les nombreux accidents mortels sur les chantiers miniers ont terni la réputation de cette localité, il y’en a un autre qui frappe les visiteurs . C’est la quasi absence de végétation. Les trous béants laissés par les machines et les artisans miniers ont transformé le paysage.  Les arbres et autres plantes disparaissent peu à peu. 

Kambele, l’exploitation minière  a créé un chaos environnemental. Credit photo: Foder

Entre 2010 et 2024, l’ONG Forêts et développement rural a constaté que pas moins de 2 614 hectares de couvert végétal ont été perdus dans la région de l’Est Cameroun. La faute à l’exploitation minière.  Cette exploitation a également entraîné la conversion de plus de 2 000 hectares de terres agricoles en zones d’exploitation minière.

Dans l’étude intitulée « Cartographie des sites miniers et impacts de l’exploitation minière sur le couvert végétal et la conversion des terres agricoles », dont InfoCongo a eu copie, il est révélé que l’arrondissement de Batouri où se trouve Kambele est particulièrement touché, avec une superficie exploitée qui est passée de 79 hectares en 2010 à 3 247 hectares en 2024, soit une augmentation de 4011%. Ce qui signifie qu’elle a été multipliée par environ 41 fois en 14 ans.

L’étude réalisée dans les communes de Batouri, Ketté et Kentzou, dresse un état  des lieux désastreux de l’exploitation aurifère dans la zone. Elle montre que la superficie exploitée est passée de 82 hectares en 2010 à plus de 4 600 hectares en 2024, soit une hausse de plus de 5 400 %.  « La croissance fulgurante observée ces dernières années s’explique par une mutation du modèle extractif à partir de 2012, marquée par l’arrivée massive d’exploitants semi-mécanisés soutenus par des partenaires technico-financiers entre nationaux et opérateurs étrangers (notamment chinois). L’usage d’engins lourds a permis une extraction accélérée, intensive et en profondeur, remplaçant les outils rudimentaires jusque-là utilisés », explique Justin Kamga, Coordonnateur de l’organisation Forêts  et Développement Rural, par ailleurs spécialiste en aménagement et la gestion participative des ressources naturelles au Cameroun.

Aux facteurs susmentionnés, s’ajoute selon ce spécialiste l’utilisation croissante des Autorisations d’exploitation artisanale (AEA) comme « façades légales » pour des exploitations artisanales semi mécanisées.

Plus de 61 sites miniers actifs

A Kambele, l’or attire toutes les couches sociales. L’exploitation minière  est souvent à l’origine de conflits opposant les communautés riveraines aux opérateurs. Une récente decision de l’Etat  concede l’exploitation d’un site aux populations au détriment de la société Jam’s Avenir. Credit Photo: Foder

L’étude réalisée par Foder a géoréférencé 61 sites miniers actifs répartis entre Batouri, Ketté et Kentzou, avec une prédominance d’exploitations semi-mécanisées dans les zones de Batouri et Ketté. Des sites comme Kambelle 2, « qui emploi à lui seul plus de 3 500 personnes », ou Mongonam et Djengou, sont cités comme exemples de chantiers en apparence régularité administrative.

D’après le coordonnateur de Foder, le chiffre de 61 sites, bien que déjà alarmant, ne reflète que partiellement l’ampleur réelle de l’activité minière dans la région, en raison des limites d’accès et du contournement des procédures officielles. « Ce décalage entre légalité affichée et pratiques effectives traduit une gouvernance minière permissive, où la réglementation est souvent instrumentalisée pour légitimer des exploitations destructrices des mines. Il en résulte une insécurité juridique permanente, aussi bien pour les communautés que pour l’État lui-même », argumente Justin Kamga, avant de préciser que  le nombre réel de sites miniers actifs dépasse très probablement les 61 sites géoréférencés. 

La suspension de l’activité minière à Kambele (décision  du 23 septembre 2024 du ministère des Mines et du développement technologique ) , qui était le plus grand site d’exploitation minière de la Kadey, a également poussé de nombreux opérateurs vers d’autres localités, notamment Kentzou. Ce qui a favorisé  la pression sur ces nouvelles zones.

Cette situation ne surprend guère Ghislain Fomou, expert forestier indépendant. « Ce n’est pas la suspension qui règle le problème. Il faut voir le nombre de permis miniers attribués et les zones. Pour préserver les forêts il faut revoir les règles de création et d’attribution plutôt», soutient-il. 

Le chantier minier de  Houpie village Wantamo région de l’Est. Crédit photo: Foder

La disparition du couvert végétal inquiète de plus en plus les défenseurs de l’environnement. D’autant plus que, les dirigeants de plus de 140 pays ont signé la Déclaration de Glasgow en novembre 2021, promettant d’enrayer et d’inverser la perte de forêt d’ici 2030. Seulement, l’on constate que certains  pays n’ont pas respecté cet engagement. World resources institute (WRI) Global Forest Watch (GFW) révèlent que sur les 20 pays possédant la plus grande superficie de forêt primaire, 17 affichent aujourd’hui une perte de forêt primaire plus importante qu’au moment de la signature de l’accord. Le Cameroun fait partie du top 10 de ces pays. 

Autre cause de la disparition du couvert forestier cité par les défenseurs de l’environnement, c’est l’attrait économique de l’or. Il a été  alimenté par la flambée des prix sur le marché international.  Cette ruée vers l’or a impliqué  les populations locales, les migrants et les investisseurs étrangers. D’après Foder, la rentabilité rapide de l’activité et l’absence d’alternatives économiques durables ont renforcé cette dynamique extractive. 

Ghislaine Deudjui

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