Un sol et un sous-sol riches, un ensemble géologique contenant environs 34 substances minérales réparties à plus de 470 indices minéraux – ce qui constitue un important potentiel minier pour les 623.000 Km2 que représente la superficie de ce pays pauvre d’Afrique Centrale qu’est la République Centrafricaine.

Un véritable paradoxe quand on sait que ce fort potentiel minier n’a pas bénéficié aux centrafricains mais bien à certains entrepreneurs étrangers avec la complicité de certaines personnalités politiques du pays. Routes impraticables ou quasi inexistantes, insuffisance d’infrastructures sanitaires de qualité, insuffisance d’écoles ou centres de formations qualifiées…

Du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest du pays, le constat est le même: les populations vivent en dessous du seuil de la pauvreté. Aucune région du pays n’est plus développée que d’autres.

État des lieux

Les multiples états des lieux qui ont été faits à l’issue de plusieurs fora attestent que la République Centrafricaine a tout pour son développement mais l’absence de leadership au niveau national et de pressions exogènes justifient l’état dans lequel se trouvent actuellement le pays.

Au cours du premier forum sur la promotion du secteur privé centrafricain qui s’est tenu au Ledger Plaza du 09 au 13 septembre 2015, la problématique du développement dans les secteurs de l’économie nationale tels que l’Agriculture, la Forêt et les Mines a été débattue. Le diagnostic a été posé pour que des pistes de solutions aux problèmes qui minent le secteur des ressources naturelles centrafricaines soient explorées. Des trois domaines ci-dessous cités – s’ils sont réellement exploités, ils peuvent booster l’économie nationale.

Selon les résultats du Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 2003 (RGPH03), le taux de pauvreté en zone rurale est de 75% même dans les zones d’exploitation minière. Même si 7 préfectures sur 16 font de l’exploitation minière – ce qui équivaut à 32% de la population globale, les conditions de vie et d’existence dans les zones minières laissent à désirer. Avec un secteur minier artisanal, l’État ne peut espérer mieux. Ce qui constitue selon Junior Mescheba, l’un des représentants du Conseil National de la Jeunesse Centrafricaine (CNJCA) à ces travaux “un manque à gagner énorme pour l’Etat centrafricain qui aurait pu créer les conditions de l’exploitation industrielle de ce secteur porteur. L’exploration aurifère industrielle de Ndassima dans la Ouaka n’a pas pu atteindre le stade de l’exploitation pour diverses raisons.”

Malgré des efforts de diversification des filières entrepris ces dernières années (uranium, pétrole, calcaire, fer, etc.) par le gouvernement, le pays n’a pas encore amorcé véritablement un début de mise en valeur significative de ce secteur que beaucoup de centrafricains connaissent mal.

Le pétrole centrafricain

Des zones de recherches pétrolières ont été identifiées sur l’ensemble du territoire et sont reparties comme suit:

  • Au Nord de la bande Centrafricano- Tchadienne;
  • Au Centre de la région de Bangui;
  • Au Sud-est de la région de Ndjoukou-Possel;
  • Les grés de Carnot-Nola au Sud-ouest et de Mouka-Ouadda au Nord-Est.

De toutes ces zones identifiées, aucune exploration n’est encore entreprise. Ce qui pousse un certain nombre de compatriotes à se poser la question de savoir quand est-ce que l’exploitation de ces minerais pourrait être envisager afin de favoriser le développement des infrastructures routières, hospitalières, scolaires et tant d’autres dans le pays?

Fiscalité et incitation à l’investissement

Au cours du forum sur la promotion du secteur privé centrafricain, la problématique du développement des trois secteurs clés de l’économie nationale tels l’agriculture, la forêt et les mines a longuement été débattue par les participants. Sur le volet mines, l’objet de cette réflexion, les membres du groupe de travail ont proposé la mise en en œuvre des programmes multidimensionnels permettant de couvrir les sous-secteurs de développement.

Cette stratégie qui s’articule autour des trois orientations comme la prospection et la recherche, le développement des activités minières, le renforcement des capacités institutionnelles et juridiques a, en toile de fond, un programme et des projets pour chacune des trois orientations stratégiques.

De manière globale, le forum sur la promotion du secteur privé a retenu des actions à entreprendre et résumées en 11 points que sont:

  • Promouvoir et développer des activités d’études, de prospections et de   recherches minières.
  • Vulgariser la déclaration de la politique minière.
  • Augmenter le crédit accordé à l’Office de Recherche Géologique et d’Exploitation Minière (ORGEM).
  • Mise à la disposition du Comptoir des Minéraux et des Gemmes (COMIGEM) d’un fonds nécessaire pour sa mission.
  • Mise à la disposition du Centre National des Données de Bangui (CNDB) d’un budget d’investissement pour l’établissement dudit centre.
  • Consécration de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) par une loi.
  • Prise en compte de l’Agence Nationale de Radioprotection, (ANR) sur le budget de l’Etat.
  • Formation du personnel de l’Unité Spéciale Anti-Fraude (USAF)
  • Diminution des patentes des artisans et des collecteurs.
  • Développement de partenariat au niveau de la coopération bi et multilatérale.
  • Renforcement des capacités nationales.

Pour un relèvement progressif de ce secteur de l’économie nationale fortement entravé par la sanction du Processus de Kimberley suite à la crise qu’a connue le pays, il est de ce fait indispensable de recueillir les expertises de tous les ingénieurs du département et opérateurs miniers sur la crise que traverse le secteur minier centrafricain et aussi, de trouver rechercher les solutions appropriées pour venir à bout de cette situation.

Mais pour Camille Guimalé, Secrétaire Général du Syndicat Autonome des Collecteurs de Diamant et or en Centrafrique, un accent particulier devra être mis sur la formation des jeunes centrafricains dans des domaines spécifiques tels que les mines. «  Il faut former les jeunes dans tous les domaines y compris les mines, les encadrer et leur donner des moyens», a-t-il expliqué.

Relever les défis

La relance du secteur minier étant un aspect fort de la pacification du pays, celle-ci constitue la mission primordiale des ingénieurs des mines. Il y a lieu de développer une chaîne de valeurs dans le secteur et améliorer sa contribution à la formation du Produit Intérieur Brut (PIB). En vue de relever ces défis et créer des opportunités, les objectifs à atteindre sont les suivants :

  • la levée de la suspension temporaire du Processus de Kimberley sur l’exportation des diamants centrafricains ;
  • l’apport d’appuis multiformes aux artisans miniers ;
  • la recherche de financement pour la relance du COMIGEM et de l’ORGEM ;
  • la diversification de l’exploitation minière par la mise en évidence de nouveaux gisements autres que le diamant ;
  • l’augmentation de la part du secteur minier dans le PIB et les recettes fiscales ;
  • la création d’emploi pour lutter contre la pauvreté, la délinquance et le banditisme ;
  • la protection de l’environnement.

Un programme ambitieux pour les secteurs de l’agriculture, des mines et les forêts centrafricaines dont les besoins globaux de financement sont estimés à 420 millions de dollars américains, soit 210 milliards de FCFA selon les résultats définitifs du forum du secteur privé centrafricain.

Reste alors à traduire dans les faits ce programme pour le développement du pays. A ce sujet, Gertrude Zouta, ministre de commerce et présidente du comité d’organisation dudit forum a précisé qu’il faudrait associer le secteur privé à sa mise en oeuvre: “ il est maintenant question pour le gouvernement de s’entretenir avec les acteurs du secteur privé pour la relance de l’économie nationale “, avait-elle déclaré.

Principales sources de croissance de l’économie nationale, l’agriculture et l’exploitation des ressources naturelles même en l’état actuel de son exploitation contribuent à hauteur de 55% du PIB et pour 80% aux exportations.

Un appel pressant du gouvernement centrafricain a été lancé en direction des partenaires au développement de la RCA et particulièrement les opérateurs du secteur privé, en vue de considérer la République Centrafricaine comme une nouvelle destination pour leurs investissements.

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