Au Cameroun, des projets communautaires pour préserver les plantes médicinales

Sorry, this entry is only available in Français. Dans le département du Mayo-Banyo, la disparition progressive des essences végétales menace la sécurité alimentaire et sanitaire des populations. Face à ce péril, des projets communautaires fleurissent pour protéger la biodiversité. « Avant, nous n’avions qu’à marcher quelques minutes derrière la concession pour trouver du Bomehi afin […]

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Dans le département du Mayo-Banyo, la disparition progressive des essences végétales menace la sécurité alimentaire et sanitaire des populations. Face à ce péril, des projets communautaires fleurissent pour protéger la biodiversité.

« Avant, nous n’avions qu’à marcher quelques minutes derrière la concession pour trouver du Bomehi afin de soigner les fièvres des enfants. Aujourd’hui, il faut pénetrer profondément dans la brousse, et parfois, on rentre bredouille. (Traduit du Fufulde)

Malam Bouba est nostalgique. Ce tradipraticien de Banyo, dans l’Adamaoua au Cameroun, regrette cette époque où il était facile de trouver des feuilles, des écorces ou des racines pour apporter des solutions aux problèmes de santé rencontrés dans la communauté.

À cause de la déforestation, ces trésors deviennent rares, ce qui soulève de graves inquiétudes. « La forêt est notre pharmacie, mais elle se vide. Qu’allons-nous faire ? » déclare le vieil homme, l’air  impuissant, face à un phénomène qui ne cesse de croître au fil des ans.

Des essences vitales desertent les marchés 

Selon les données de Global Forest Watch, le département du Mayo-Banyo a perdu près de 8 % de son couvert forestier entre 2001 et 2024, soit une perte d’environ 29 000 hectares de couvert arboré en 23 ans.

Cela représente une fois et demie l’espace urbain effectif de Yaoundé, la capitale politique du Cameroun dont la superficie urbanisée est estimée à 184 Kilomètres carré selon Onu Habitat.Cette érosion silencieuse emporte avec elle des espèces végétales vitales pour la pharmacopée traditionnelle et l’alimentation locale.

Carte représentant les forêts communales du Mayo Banyo. Source: Commune de Banyo

Dans les marchés de Bankim ou de Mayo-Darlé, les étals de plantes médicinales se vident peu à peu de certaines essences autrefois communes. Le karité (Vitellaria paradoxa), essentiel pour son beurre aux vertus cicatrisantes et nutritionnelles, se fait plus rare. Le Diabi (Tamarindus indica), ou tamarinier, dont les fruits soignent les maux de ventre et enrichissent les sauces locales, subit de plein fouet la pression du bois de chauffe et de l’extension agricole.

A ces essences, on peut ajouter  le Pygium Africanum ou prunier d’Afrique. Reconnu internationalement pour les vertus médicinales de son écorce, notamment dans le traitement de l’hypertrophie bénigne de la prostate, il subit une forte surexploitation. Face à cette pression humaine et pour se conformer aux exigences internationales de durabilité, ses exportations ont fait l’objet d’une suspension temporaire en 2017.

Au coeur de la forêt communale de Banyo, des troncs coupés de Pygeum Africanum. Encore appelé prunier d’Afrique. , l’arbre fait l’objet d’une réglementation stricte et figure à l’annexe II de la CITES. Il fait l’objet de coupes anarchiques par des exploitants. Crédit Photo: Doris Mbarbé

La raréfaction cause une insécurité sanitaire pour ceux qui n’ont pas accès à la médecine moderne, et une insécurité alimentaire accrue par la disparition des fruits sauvages.

L’émergence des solutions locales

Dans le Mayo Banyo, autorités publiques et privées unissent leurs forces. Des initiatives locales émergent en vue d’atténuer les effets négatifs de cette perte des forêts.

L’ONG Graine de Vie, en partenariat avec les communes de Banyo, Mayo-Darlé et Bankim, déploie depuis 2023 un programme visant à concilier la protection de la biodiversité et le développement économique.

« Nous travaillons main dans la main avec les ONG, les communautés, pour mettre en place des solutions durables, notamment à travers la sensibilisation et le reboisement. Heureusement, les comités de quartiers et de villages sont coopératifs » commente fièrement Tsafack Christophe, chef de service technique au sein de la commune de Banyo

Une branche de Vitellaria paradoxa (le karité). Toutes les parties de cette essence sont recherchées pour leurs vertus plurielles. Crédit Photo: karethic.com

Le projet repose sur la création de pépinières locales où sont produites des essences forestières et fruitières adaptées au climat de l’Adamaoua. L’objectif est de réintroduire des espèces à haute valeur ajoutée pour les populations. Le semis direct et la régénération naturelle assistée (RNA) sont privilégiés pour restaurer les paysages dégradés.

« Notre rôle est de veiller à l’application des lois environnementales et de soutenir toutes les initiatives qui vont dans le sens de la préservation de notre patrimoine naturel. La collaboration avec les acteurs locaux est essentielle pour une gestion efficace et pérenne. » observe Aissatou Koubra, cadre à la délégation départementale de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable du Mayo-Banyo.

En structurant les filières du miel et du karité, le projet permet aux communautés, et particulièrement aux associations de femmes, de générer des revenus tout en préservant la forêt. À Bankim, l’innovation prend aussi la forme de pavés écologiques fabriqués à partir de déchets plastiques recyclés, réduisant ainsi la pollution des sols.Parallèlement, un travail de zonage du territoire aide à réduire les conflits agro-pastoraux, l’une des causes majeures de la dégradation des terres.

« Je me souviens quand j’étais enfant, la forêt était dense, et on trouvait de tout. Aujourd’hui, c’est différent. Mais avec les nouvelles plantations, on espère que nos enfants connaîtront aussi la richesse de notre terre. » confie sur fond d’espoir une habitante de la localité.

Régénérer les sols, multiplier les essences locales , garantir la sécurité alimentaire et sanitaire. Ces initiatives répondent directement au mot d’ordre de la Journée internationale de la biodiversité 2026, « Des actions locales à l’impact mondial ». Sauver la biodiversité à Banyo, c’est contribuer à sécuriser l’avenir climatique à l’échelle globale.

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du projet Afrikiba’aru 2 de CFI Développement Média, avec l’appui de la formatrice Madeleine Ngeunga. 

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