COP21: il faudra la flexibilité pour arriver à un accord universel

A la veille du début de la COP21 qui se tiendra à Paris, Tosi Mpanu Mpanu, Négociateur Sénior pour la RDC à la Convention-Cadre des Nations Unies pour le Changement Climatique (CCNUCC) et membre du Conseil d’administration du Fonds vert pour le climat, revient sur le contexte des négociations pour obtenir à un accord à […]

A la veille du début de la COP21 qui se tiendra à Paris, Tosi Mpanu Mpanu, Négociateur Sénior pour la RDC à la Convention-Cadre des Nations Unies pour le Changement Climatique (CCNUCC) et membre du Conseil d’administration du Fonds vert pour le climat, revient sur le contexte des négociations pour obtenir à un accord à Paris et les défis pour les pays du Bassin du Congo. Pour lui, les pays africains veulent un accord équilibré qui tienne compte de la responsabilité historique des pays développés, de l’équité en matière de partage des bénéfices du marché du carbone, ainsi que d’adaptation pour l’Afrique qui représente 4% de taux d’émission des GES, mais dont le taux de croissance économique et démographique en pleine montée ne peuvent que mener à l’augmentation prévue de son taux d’émission des GES.

 Paris verra-t-il enfin la signature d’un accord contraignant entre les parties prenantes aux négociations du climat au vu des enjeux actuels?

Il s’agit d’une question capitale et délicate, mais il faut bien reconnaître que nous sommes dans le cadre d’un accord multilatéral environnemental qui repose sur le droit international. Ce dernier est un droit mou et exercer la contrainte n’est pas une chose aisée car les pays demeurent souverains. Pour exemple, lorsque le Canada avait quitté le Protocole de Kyoto, il n’a pas été bombardé ou envahi, par contre, la Convention pouvait utiliser des moyens punitifs dans le cadre du Protocole tels que la non éligibilité du Canada à accéder à certains mécanismes de marché. Hors le Canada s’étant retiré du Protocole de Kyoto, il n’y avait plus rien à faire par rapport à sa participation au mécanisme dudit protocole. En ce qui me concerne, la contrainte prend sa véritable mesure dès lors qu’il y a ratification au niveau national, puisque cet accord devient une loi nationale et un état doit respecter ses propres lois.

Tosi Mpanu Mpanu, Négociateur Sénior pour la RDC à la Convention-Cadre des Nations Unies pour le Changement Climatique (CCNUCC) et membre du Conseil d’administration du Fonds vert pour le climat

Tosi Mpanu Mpanu, Négociateur Sénior pour la RDC à la Convention-Cadre des Nations Unies pour le Changement Climatique (CCNUCC) et membre du Conseil d’administration du Fonds vert pour le climat

Alors, il faut comprendre que nous allons vers un accord climat où différents pays font face à différentes situations et nous avons besoin que l’accord de Paris soit universel et qu’il puisse tenir compte de 100% des émissions globales, si, nous mettons un degré de contrainte trop élevé, il y a risque que les Etats-Unis ne vienne pas, ce pays représente 17% des émissions globales, et si les Etats-Unis ne vient pas, la Chine ne viendra pas non plus, ce pays représente 25% des émissions globales. Par conséquent, nous aurions 42% des émissions globales en dehors de l’accord. Donc cet accord ne vaudra plus la peine.

Les américains disent qu’ils ne peuvent pas soumettre un accord qui soit complètement juridiquement contraignant, mais sont prêts à respecter certaines dispositions dudit accord. Dans leur CPDN, ils ont soumis des actions qui visent à réduire leurs émissions de GES au niveau de 2005, de 26 à 28% d’ici 2025 et se disent prêts à signer un accord de mise en œuvre les actions de leur CPDN, c’est-à-dire, une obligation juridiquement contraignante de conduite et non pas de résultat, alors il y a une petite nuance. Ces actions établies seront menées sous le couvert d’un décret présidentiel pour contourner la ratification par leur congrès qui est climato-sceptique et rejettera un accord juridiquement contraignant axé sur le résultat. En bref, les Etats-Unis accepte de souscrire à l’accord en termes de conduite, de transparence et de mise en œuvre des actions pour réaliser leur objectif de réduction de 26 à 28% d’ici 2025, mais refuse tout engagement contraignant en termes de résultat quant aux chiffres liés à la réduction des émissions ou encore au financement des actions climat.

Il faudra donc réfléchir à la forme et au caractère juridique de l’accord de certaines dispositions de l’accord et faire montre de flexibilité.

 Les pays en voie de développement et ceux de la région du Bassin du Congo, en particulier, peuvent-ils espérer un assouplissement du système d’accès au financement pour le climat adapté à leur contexte spécifique?

Tout à fait, nous, en tant que négociateurs venant des pays les moins avancés, des pays africains et des pays du Bassin du Congo, nous poussons pour qu’il y ait un accès direct au financement. L’accès au financement dans ces pays connaissent est déjà un goulot d’étranglement, en ce sens que, généralement, il y a une difficulté à élaborer des projets, et dès lors que les projets sont ficelés, il y a

difficultés à avoir accès au financement, et dès lors que les financements sont disponibilisés, il y a difficultés à transmettre ces financements, et, une fois sur le terrain, il y a une difficulté

également en termes de mise en œuvre des projets parce que certains partenaires à travers

lesquels devrait se faire la mise en œuvre prennent de grosses commissions, etc. Nous voulons réduire la chaîne d’intervenants entre les récipiendaires et la source de financement.

 Au vu de ses résultats positifs dans d’autres pays forestiers tel que le Brésil, la REDD+ aura-t-elle une place plus prépondérante dans les négociations comme mécanisme phare dans la baisse des taux d’émission de gaz à effet de serre ?

Le 5ème rapport du GIEC semble dire que la déforestation représente 10% des émissions globales et le rapport d’avant parlait plutôt de 17 à 20%. Quel que soit ce pourcentage, j’estime que 10 ou 20% du problème, devrait représenter 10 ou 20% de la solution et 10 ou 20% des ressources financières mises à disposition pour régler le problème du climat. Donc, j’estime qu’effectivement, la REDD+ a sa place et avec l’Initiative des Forêts d’Afrique Centrale, le fameux fonds CAFI, où le Royaume de Norvège vient de mettre 250 millions de dollars, la RDC bénéficie de plusieurs appuis financiers. Donc, les gens comprennent qu’il s’agit d’un mécanisme qui peut et qui va porter des fruits et les gens sont entrain de mobiliser les ressources nécessaires pour la mettre en œuvre.

Mais la REDD+ est très complexe, car il faut gérer les facteurs de la déforestation qui sont souvent en dehors de la forêt. Ce sont une agriculture itinérante sur brûlis, le besoin en bois énergie, la faiblesse dans la gouvernance forestière, la frontière poreuse à l’est de la RDC et par laquelle les ressources se perdent ; c’est aussi la démographie, car les congolais font beaucoup d’enfants et cela exerce une pression sur la forêt ; il y a le plan d’aménagement du territoire qui est nécessaire pour détecter les secteurs de la vie nationale en compétition pour l’occupation des espaces pour la gérer de manière cohérente. Donc, mettre en œuvre la REDD+ et gérer tous les moteurs de cette déforestation est un véritable défi. Donc, la RDC s’y est engagée parce qu’elle comprend qu’il y a des opportunités, mais

n’oublions pas que la priorité pour le pays est la réduction de la pauvreté.

 Selon une étude de la Union of Concerned Scientists (UCS), la CPDN de la RDC serait plus robuste que celle du Brésil et de l’Indonésie, deux grands pays forestiers, et plus précisément, dans les secteurs de la foresterie, l’agriculture et le foncier. Dans quelle mesure le pays pourrait-il bénéficier de ces éloges au cas où les conclusions de cette étude seraient évoquées sur la table des négociations?

La RDC a identifié et planifié les actions à mettre en œuvre entre 2020 et 2030. Alors, c’est bien de planifier, mais la mise en œuvre requiert autre chose. A ce jour, nous savons ce que nous sommes prêts à faire et nous avons chiffrés cela à environ 21 milliards de dollars. Les actions prévues ne doivent pas être entreprises à partir de 2020, mais plutôt de 2016. Donc, si les fonds nécessaires pour mettre en application cette CPDN peuvent être mis à disposition, la RDC pourra effectivement s’engager dans sa réalisation. Donc, encore une fois, si jamais sa CPDN est plus ambitieuse, c’est simplement parce que le pays a d’énormes défis et de difficultés en termes de capacités et de possibilités. Ce qui fait que réduire une tonne de CO2 en RDC exige plus d’efforts qu’au Brésil ou en Indonésie pour la même quantité. Donc, je crois que c’est pour cela que le pays reçoit ce genre d’éloges. C’est bien de recevoir des éloges parce qu’on a fait un bon travail de planification, mais essayons de faire un aussi bon travail en termes de mise en œuvre.

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