Situées au cœur du Bassin du Congo, la tourbe – une matière marécageuse semblable à la terre, composée de végétaux en décomposition – de la peu connue Cuvette Centrale stockent environ 30,6 pétagrammes de carbone (soit environ l’équivalent de 20 ans d’émissions de carbone aux États-Unis) dans une région légèrement plus grande que l’Angleterre. En combinant leurs travaux sur le terrain et leurs recherches par satellite, G. Dargie et son équipe ont appris que ces tourbières contiennent un tiers de la tourbe tropicale connue actuellement au niveau mondial et qu’elles sont beaucoup plus grandes que prévu.

Cependant, un certain nombre de menaces pourraient entraîner la libération de ce carbone dans l’atmosphère, ce qui aggraverait les menaces de changements climatiques. Des recherches effectuées ces dernières années ont montré que les gaz à effet de serre émis depuis une petite zone de tourbières représentent 5% des émissions anthropiques mondiales.

Recherches scientifiques dans les tourbières en septembre 2017. Photo Credit/Greenpeace

Recherches scientifiques dans les tourbières en septembre 2017. Photo Credit/Greenpeace

« Étant apparemment largement dépendantes des précipitations, les tourbières de la Cuvette Centrale sont particulièrement vulnérables au changement climatique », explique G. Dargie. Elle s’est déclarée particulièrement préoccupée par une réduction des précipitations ou une modification de sa répartition, ce qui pourrait conduire à un assèchement des tourbières, à une décomposition accrue de la tourbe et ultérieurement à des rejets de carbone. Les tourbières asséchées brûlent facilement, détruisant non seulement l’écosystème mais provoquant potentiellement aussi d’intenses fumées et brumes au niveau régional, comme cela s’est produit lors des incendies mortels de 2015 en Indonésie.

D’autres autres menaces potentielles pour l’hydrologie des tourbières incluent l’agriculture basées sur le drainage et l’exploitation forestière, l’exploitation minière, l’extraction de pétrole et la construction d’infrastructures. Combinés aux scénarios futurs possibles en termes d’amélioration des routes et d’accès au fleuve et de conditions plus chaudes et plus sèches résultant du réchauffement planétaire (que l’article de G. Dargie dénomme ‘synergies de dégradation’), ces impacts des activités humaines pourraient entraîner la déforestation, la contamination des sols et de l’eau et une dégradation du paysage en général, compte tenu notamment de l’absence de conservation et de gestion des terres efficaces.

Actuellement, environ 11% seulement de la Cuvette Centrale relèvent des officielles aires protégées nationales. D’autres initiatives de conservation, telles que l’inclusion dans les zones humides d’importance internationale de Ramsar, couvrent une plus grande partie de la zone mais n’exigent pas juridiquement des mesures de protection.

Lors des mesures sur le terrain effectuées entre 2012 et 2014, G. Dargie et son équipe ont recueilli des données sur la profondeur de la tourbe (deux mètres, an moyenne) et des échantillons afin de déterminer la densité de carbone dans la tourbe et dans les arbres sus-jacents. Ils ont également trouvé deux types distinctifs de marécages – l’un dominé par des feuillus et l’autre par des palmiers – ce qui leur a permis de cartographier les tourbières à l’aide de données satellitaires.

Outre leur apport en tourbe, les forêts marécageuses de la région sont vitales pour l’hydrologie régionale de différentes façons qui sont encore à l’étude, pour la subsistance des communautés locales, qui dépendent des tourbières pour leur alimentation et leurs revenus par des activités telles que la pêche et l’agriculture, et pour la conservation d’une exceptionnelle biodiversité, y compris des espèces vulnérables et menacées comme les gorilles de plaine et les éléphants de forêt.

Afin de mieux protéger le reste des tourbières du bassin du Congo, G. Dargie insiste sur la nécessité de mieux comprendre le fonctionnement des écosystèmes de la Cuvette Centrale, afin de mieux informer la planification et la gestion de l’utilisation des terres ainsi que l’élaboration des politiques et des lois connexes. Il existe un besoin évident de sensibiliser les gouvernements, la société civile et le secteur privé à l’importance et à la préservation des écosystèmes des tourbières de manière générale, et de réunir un large éventail de parties prenantes autour de ces paysages.

D’un point de vue général, ces tourbières sont connectées aux efforts internationaux visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à limiter le degré de changement climatique. Elles pourraient servir de point de départ aux efforts visant à mobiliser des fonds pour l’atténuation et l’adaptation aux changements climatiques, et la réduction des risques de catastrophes.

« Le changement climatique apparaît comme une préoccupation particulièrement urgente, compte tenu de son potentiel de déstabilisation des stocks de carbone dans l’ensemble de la région », explique G. Dargie. « Mais le faible niveau d’intervention humaine à l’heure actuelle suggère qu’il y a encore toujours la possibilité de protéger les paysages de tourbières et les gens y vivant. »

Ce blog est originalement paru sur CIFOR

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