Tensions entre le développement et la conservation à Butembo en RDC

Actuellement, chaque citoyen de Butembo et dans la plupart des principales Agglomérations du territoire de Lubero à plus de 300 kilomètres au nord de Goma chef-lieu de la province du Nord-Kivu, rêve se construire une habitation en briques cuites. Ce qui d’un côté embellit la ville et d’un autre, la dégrade: des hectares d’arbres dévastés […]

Actuellement, chaque citoyen de Butembo et dans la plupart des principales Agglomérations du territoire de Lubero à plus de 300 kilomètres au nord de Goma chef-lieu de la province du Nord-Kivu, rêve se construire une habitation en briques cuites. Ce qui d’un côté embellit la ville et d’un autre, la dégrade: des hectares d’arbres dévastés pour cuire les briques, des gigantesques trous laissés après l’extraction de l’argile qui entretiennent l’érosion en période pluvieuse.

Butembo est une ville de la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo.

Butembo est une ville de la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo.

A Butembo, comme dans plusieurs villes à l’est de la RDC, chacun veut à tout prix avoir une maison à briques cuites. Les anciennes clôtures naturelles à cyprès qui ceinturaient les habitations disparaissent. A la place, ce sont des clôtures en briques cuites, un boom immobilier sans pareil avec des maisons à étages essentiellement construites par des briques cuites non sans conséquence sur l’environnement.

Une maison en briques rouge en construction

Une maison en briques rouge en construction Photo crédit : InfoCongo

Les bosquets se comptent désormais sur les doigts de la main. Les seuls qui peuvent exister sont des mausolées traditionnels à cause du mythe qui entoure la coupe d’un arbre dans les endroits qui les abritent. Pourtant, on ne peut pas remonter à plus de 10 ans dans l’histoire de la contrée, des parcs d’arbres étaient encore visibles à des distances pas assez longues. Aujourd’hui, les habitants les coupent systématiquement pour cuire des briques en argile et construire des maisons. Ils s’en servent également pour obtenir du bois de chauffe, car l’électricité n’a jamais existé.

Une nature exploitée sans réserves

Des hangars pour fabriquer et conserver les briques sont visibles partout. Des fours très hauts fument pour cuire ces matériaux très recherchés pour la construction. Leur cuisson exige d’importantes quantités de bois de chauffage. Le feu doit être constamment maintenu ardent dans le four trois à quatre jours durant. « Il faut au moins 40stères (40 m³) de bois pour produire 50mille briques », m’a dit Janvier PALUKU, qui a un four dans sa parcelle en cellule Vuhima du quartier Matanda dans la commune de Mususa.

Dans ce quartier comme dans plusieurs autres de la ville de Butembo, il est facile de compter plus de deux briqueteries dans un écart de Cinq parcelles. Fautes d’études appropriées dans la ville, difficiles d’avoir la quantité de dioxyde de carbone produite lors de la cuisson des briques. Les presseurs des briques abattent ou achètent des arbres en grande quantité. Des bosquets entiers sont décimés autour de la ville. Le bois surexploité devient rare et très cher, la brique aussi.

Toutefois, le boom de l’immobilier motive les fabricants. Le sol argileux du milieu est très propice à l’activité. Les machines sont fabriquées sur place dans des garages et sont louées à raison de 40$ le mois par machine. Une aubaine également pour les jeunes en quête d’emploi et capables de résister à l’effort physique que cela exige. Des mutuelles des jeunes en ont déjà fait leur principale source de revenu.

Vu la concurrence que cela procure, le prix pour la cuisson d’un four se marchande. Les entrepreneurs du domaine de pressage des briques se sont déjà réunis en association pour protéger leurs intérêts. C’est le cas de la SOPBRICO (Solidarité des presseurs des briques au Congo), une association qui encadre près de trois mille jeunes à travers la ville de Butembo, selon ses initiateurs.

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La chaleur se constate et des érosions s’invitent

Il convient de forer une large fosse pour extraire la terre argileuse en quantité. « Les briquetiers creusent n’importe où et ne veillent pas à rempléer les fosses qui restent béantes. Ils finissent par devenir des têtes d’érosions et attaquent des parcelles », m’explique Assy melia Katavali, chercheuse en environnement.

Lors de la célébration de la journée de l’environnement en mai dernier, l’un des intervenants, le Professeur Sahani Muhindo enseignant dans plusieurs universités de Butembo, a dit avoir constaté, dans sa thèse portant sur le contexte urbain et climatique des risques naturels de la ville de Butembo (Nord-Kivu/RDC), que 11 des 16 têtes d’érosions répertoriées se forment dans des parcelles exploitées par des briquetiers. Souvent, les occupants de ces parcelles transforment ces trous en poubelle dont les immondices ne peuvent pas empêcher l’éboulement du sol. De surcroit, les flaques d’eaux qui s’y forment constituent un réservoir pour les moustiques, vecteurs du paludisme.

La mairie de Butembo en RDC

La mairie de Butembo en RDC

De leurs côtés, des patrons qui ont des concessions d’arbres, les coupent sans se référer au service de l’environnement, ignorant que « les arbres sont des brise-vent qui protègent la ville », chose que fustige Basile LUSE enseignant en faculté des sciences à l’université officielle de Ruwenzori. Petit à petit, l’environnement se dégrade et la chaleur augmente.

« Il y a 10 ans, pour dormir la nuit, il fallait des couvertures épaisses. A présent, il fait tellement chaud qu’avec juste un drap on transpire jusqu’à s’en débarrasser. On ne s’en rend pas compte, mais le climat change », souligne Pablo Lwanzo, médecin chef de zone de santé urbaine de Butembo. Les vents deviennent de plus en plus violents.

Une vue de la ville de Butembo

Une vue de la ville de Butembo

Par illustration en mars denier, un vent fort a emporté quatre 84 salles de classe, 4 structures de santé, dont le centre pour handicapés et 225 maisons d’habitation en cité d’Oicha, à environs 80 Km au Nord de la ville de Butembo. Des animaux autrefois courants, comme le caméléon, disparaissent. « Les arbres règlent le climat par la photosynthèse. Lorsqu’ils se raréfient, cela joue énormément sur l’environnement. On ne le réalise pas tout de suite, mais ces changements sont déjà perceptibles », explique l’ingénieur agronome Sorel Wasukundi.

A cause des coupes incontrôlées d’arbres, « il faut désormais marcher sur plusieurs kilomètres pour trouver certains animaux. Parmi eux, certaines espèces aidaient à guérir des maladies: par exemple, les maux d’oreilles avec la queue de caméléon… », Complète cet ingénieur agronome. A l’opposé, des lézards et des geckos qui étaient rares deviennent visibles étant donné que le climat leur est devenu favorable.

Des services de l’Etat impuissants et/ou complices

Des environnementalistes redoutent des effets climatiques néfastes sur la ville et ses environs suite à la multiplication des fours à briques et à l’abatage désordonné des arbres. Mais ils n’arrêtent pas à lancer des messages dans des radios locales : « Même si l’arbre vous appartient, vous n’avez pas le droit de le couper sans l’aval du service habilité », prévient Claude Sengenya, journaliste à la radio SoleilFm, une radio de thématique environnementale à Butembo.p1030841

Selon bijoux Muhiwa, agent au service urbain de l’environnement, pour abattre un arbre, il faut normalement planter un arbuste, obtenir l’autorisation du service compétent et payer un dollar de contribution. Drôle est de constater que sur le terrain, les services publics sont encore les premiers à percevoir des taxes. Ils se dédouanent disant faire face à l’obligation de maximiser les recettes de l’Etat malgré les contraintes environnementales. Les services de mines et de l’environnement exigent quelques taxes comme celle de la pollution de l’air, de l’extraction d’argile…

« Il s’agit des contributions insignifiantes payées par tonne d’argile à raison de 1$ », précise Janvier Talya, chef du bureau urbain des mines et géologies. Il reconnait qu’avec l’expansion rapide de la ville et de la nécessité de l’urbanisation, il faut conjuguer les efforts pour réglementer le secteur. Le pouvoir public devrait prendre des mesures afin de dissuader les briquetiers qui ne semblent pas être prêts à faire une seule concession face au besoin pressant d’urbanisation. D’autres modèles écologiques peuvent être encouragés notamment, celui pratiqué en ville de Goma chef-lieu de la province du Nord-Kivu, à savoir le bloc ciment qui résulte du mélange du ciment et du sable. La population doit être sensibilisée sur la nécessité de s’urbaniser en respectant les normes environnementales, combat dont la victoire ne s’annonce pas pour demain.

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