Les tourbières, une nouvelle ressource forestière de la RDC à capitaliser

La République Démocratique du Congo renferme des tourbières riches en carbone et qui peuvent atteindre une profondeur de 3,37 m, selon une récente découverte par une équipe de scientifiques des universités de Leeds en Angleterre et de Kisangani en RDC, en octobre dernier. Cette profondeur a été mesurée à seulement 200 m de la route principale, […]

La République Démocratique du Congo renferme des tourbières riches en carbone et qui peuvent atteindre une profondeur de 3,37 m, selon une récente découverte par une équipe de scientifiques des universités de Leeds en Angleterre et de Kisangani en RDC, en octobre dernier. Cette profondeur a été mesurée à seulement 200 m de la route principale, à la localité de Lokolama, à 55km de Mbandaka, dans la province de l’Equateur.

Le pays contient déjà 60% des forêts du bassin du Congo et cette nouvelle relance les débats sur la gestion durable de ses forêts qui demeurent sur une pente raide, favorisée par les besoins du pays en matière de développement.

La tourbière de la RDC, une véritable bombe à carbone

‘’La forêt du Congo est très riche en carbone, seulement, les scientifiques n’ont jamais eu l’idée de vérifier la présence des tourbières. Ces dernières ont la capacité de renfermer l’équivalent d’environ 3 ans d’émissions de carbone de toute la planète, ce qui représente 30 milliards de tonne de carbone », explique le professeur Simon Lewis, de l’université de Leeds.

Les professeurs Corneille Ewango et Simon Lewis en train de mesurer une tourbe. Photo/Greenpeace

Les professeurs Corneille Ewango et Simon Lewis en train de mesurer une tourbe. Photo/Greenpeace

Jusque-là, la richesse en carbone des forêts du bassin du Congo n’étaient estimée qu’en référence à la capacité de ses arbres à stocker du gaz carbonique. Ce qui contribue énormément à la régulation du climat mondial et les rend essentielles dans la préservation de l’équilibre de l’écosystème.

‘’Nous savions que les forêts humides existaient dans le pays mais nous ne savions pas qu’elles avaient une tourbe et que cette tourbe pouvait stocker autant de gaz carbonique. C’est une vraie fierté pour la RDC dans ce sens que le pays ne va plus dans les négociations climatiques en termes de forêts avec arbres debout mais maintenant avec ce sol humide que nous appelons la tourbe’’, a souligné Raoul Monsembula, le coordonnateur de Greenpeace Afrique/RDC.

La profondeur de 3,5m est la plus grande jamais trouvée dans une forêt et à seulement 200 m de la route, alors que la première tourbière découverte en République du Congo étaient située à 5km de la route et d’une profondeur d’1m.

Un environnement d’une riche biodiversité

En effet, la tourbière est un sol humide composé de matières organiques (déchets des feuilles) semi décomposées contenant une faible quantité d’oxygène. Elle se forme et s’accumule au fil des millénaires. Une tourbière en bonne santé agit comme un puits de carbone, en l’éliminant de l’atmosphère par la croissance des arbres. La décomposition d’une tourbe est favorisée par un environnement humide.

Les tourbières renferment une diversité de flore ainsi qu’une faune unique, favorisée par son sol marécageux. ‘’La RDC a encore à verser dans le monde scientifique d’autres espèces qui contribuent à l’évolution du monde’’ , a certifié le professeur Corneille Ewango de l’université de Kisangani en RDC.

La découverte des puits de carbone dans les tourbières de ces forêts démontrent un avantage supplémentaire à laisser cette forêt et aussi l’urgence de protéger cette étendue forestière.

En RDC, les zones de concessions forestières en RDC chevauchent celles des tourbières

En RDC, les zones de concessions forestières en RDC chevauchent celles des tourbières

Une richesse à gérer convenablement

Les tourbières doivent être laissées intactes et demeurées sèches pour continuer à stocker du carbone. Actuellement, les forêts du bassin font face au danger de l’expansion de l’agriculture industrielle et de l’exploitation du bois, qui sont également les deux plus grandes menaces à la conservation de ces puits de carbone.

« En effet, il existe certaines concessions forestières attribuées par l’Etat congolais qui chevauchent les zones de tourbières en RDC, d’où la nécessité de maintenir le moratoire sur l’attribution de nouvelles concessions forestières adopté depuis 2002 par le gouvernement congolais », selon un plaidoyer de Greenpeace Afrique, en campagne dans le bassin du Congo pour protéger ses forêts.

Sur la route menant vers Lokolama, on peut déjà apercevoir des espaces de forêts brûlées et des zones marécageuses asséchées pour couper des arbres ou y mener des activités champêtres.

A l’exemple de l’Indonésie qui n’a pas bien su gérer cette richesse en permettant différentes exploitations, comme celle des plantations de palmier à l’huile dans des concessions forestières situées à proximité des tourbières. Ces concessions, favorisant le drainage des tourbières, ont entrainé une perte sensible de carbone dans l’atmosphère, des incendies en forêt ainsi que des problèmes respiratoires.

Les conséquences sont donc énormes en ce qui concerne les différents types d’actions à mener en rapport avec les tourbières.’’ J’espère que la RDC va prendre soin de ses tourbière et ne va pas prendre le même chemin que celui de l’Indonésie’’, a d’ailleurs déclaré le professeur Lewis.

La RDC appel à l’aide

Le ministre Congolais de l’Environnement et du Développement Durable, Amy Ambatobe, a rassuré que le pays prendrait soin de cette grande potentialité tout en lançant un appel à la communauté international, à aider à débourser des fonds pour la conservation de la richesse.

« Cette découverte engendre de nombreuses actions à mener qui nécessitent des moyens conséquents, parmi lesquels, l’organisation d’une cartographie des tourbières en RDC, une élaboration de gestion ainsi qu’une incitation à la démarche participative », a déclaré le ministre de l’environnement et développement durable.

Le ministre Ambatobe a même souligné que le pays prenait cette découverte très au sérieux et s’est engagé à les protéger, en créant notamment une unité de gestion des tourbières au sein du ministère, qui a pour mission de cartographier les tourbières du pays et de concevoir et mettre en oeuvre des stratégies de valorisation de ces tourbières.

La localité de Lokolama, dans la province de l’Equateur, ne serait pas le seul coin du pays où l’on peut trouver des tourbières en RDC. L’immensité du pays et surtout la multiplicité des forêts qu’il renferme donne à la RDC de nombreuse chance de pouvoir dénicher d’autres tourbières comme le pense les scientifiques qui ont émis le vœu d’effectuer des nouvelles expéditions dans des nouveaux coins du pays.

Cette découverte a été rendue publique lors de la campagne dénommée ‘’Donne une chance aux forêts du Bassin du Congo’’ lancée par l’ONG internationale Greenpeace Afrique dans trois pays du Bassin du Congo à savoir, le Cameroun, la RDC et le Congo Brazzaville, campagne coïncidant avec la tournée en Afrique centrale de son navire MV Esperanza, qui sert de cadre aux activités de mobilisation pour la protection des forêts du Bassin du Congo.

Cette première recherche scientifique dans les forêts du bassin du Congo a été effectuée lors d’une expédition scientifique organisée par Greenpeace Afrique, en soutien à cette recherche, accompagné des journalistes congolais et internationaux.

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