La hausse du prix de l’électricité de Matebe, une menace pour le parc des Virunga

Depuis le mois de juillet 2017, la population du territoire de Rutshuru, en province du Nord Kivu, dénonce la surfacturation du courant électrique produit par la centrale hydroélectrique de Matebe (en service depuis décembre 2015). Elle qualifie cela de détournement d’un projet qu’elle croyait pourtant salutaire. Selon les témoignages recueillis sur place, c’est depuis le […]

Depuis le mois de juillet 2017, la population du territoire de Rutshuru, en province du Nord Kivu, dénonce la surfacturation du courant électrique produit par la centrale hydroélectrique de Matebe (en service depuis décembre 2015). Elle qualifie cela de détournement d’un projet qu’elle croyait pourtant salutaire. Selon les témoignages recueillis sur place, c’est depuis le mois de juIllet précisément que le prix du courant a galopé dans la région de Rutshuru.

Vue de la centrale électrique de Matebe, dans le Nord-Kivu construit dans le parc des Virunga

Vue de la centrale électrique de Matebe, dans le Nord-Kivu construit dans le parc des Virunga

Selon les habitants, l’électricité, censée être un important outil du développement pour eux, est devenu d’autant plus inaccessible que certains veulent considérer qu’il n’a meme jamais existé. Grâce aux nombreuses dénonciations de la sociéé civile, le dossier a fait écho dans les instances nationales de prise de décisions dont l’Assemblée nationale et le gouvernement. « Espérons que comme les décideurs se sont déjà saisis de la question, la solution ne tardera pas à venir », laisse entendre Emmanuel Muhozi, le président de l’Association de consommateurs du courant de Matebe dans le territoire de Rutshuru. La plus grande question que se posent des habitants de Rutshuru est de savoir « pourquoi ce projet au départ inscrit dans l’objectif de réduire la pression humaine sur le parc est subitement devenu du vrai commerce ».

Toujours pour protéger le parc?

Créé en 1925 et patrimoine mondial de l’UNESCO à cause de son exceptionnel biodiversité, le parc national des Virunga a survécu à plusieurs menaces, tel que l’activisme des groupes armés basés en son sein même ou dans les environs. Aussi, le braconnage et la déforestation sont les principaux maux que connait cette aire protégée. Les responsables sont également les populations riveraines démunies.

Appauvries par la guerre et incapables de s’approvisionner en énergie électrique, ces populations n’ont d’autres choix que celui de recourir au déboisement, pour la plupart dans le parc et le braconnage.   C’est pour essayer de pallier ce problème que la fondation Howard Buffet, une organisation américaine en partenariat avec les autorités du parc, ont pensé à des projets de développement en faveur des communautés riveraines pour réduire la pression sur Virunga. Le plus important de ces projets est la construction de la centrale hydroélectrique de Matebe.

Selon Ephreme Balole, le responsable de Virunga (la société chargée de la gestion de la centrale) confiait à InfoCongo en juillet 2017: « ce projet a contribué à 50% à la réduction de la pression humaine sur le parc. Pour lui, il ne s’agissait pas uniquement de vouloir lutter contre le déboisement dans le parc en offrant une autre source d’énergie mais bien plus. « L’électricité produite par la centrale crée de l’emploi. Cela facilite plusieurs personnes à créer des petites entreprises telles que des salons de coiffure, des ateliers de menuiserie, des briqueterie. Et tous ceux là n’ont plus de temps pour le braconnage ».

Le parc national des Virunga

Le parc national des Virunga

Contrairement à ce qui a été souligné au départ par les responsables de l’ICCN lors de l’inauguration de la centrale, cette électricité n’est visiblement pas venue pour aider la population à ne plus recourir aux ressources du parc pour vivre. C’est ce qu’explique Emmanuel Muhozi : « l’Institut congolais de la conservation de la nature (ICCN) est venue nous sensibiliser qu’il fallait du courant pour developper notre région et nous permettre de vivre sans exercer la pression sur notre voisin le parc. Au courant de la première année après la distribution du courant, cela a été prouvée. Le prix de l’abonnement était accessible et le paiement se faisait de manière forfaitaire. »

Personne ne s’était plaint. Actuellement, avec le nouveau système Cash power ou le mode prépayé, ils nous exigent d’acheter un compteur à 300$ et une facturation de 400 francs congolais soit 0,35 dollars par kilowattheure. C’est très cher comparativement à 120 FC (0,12$) qui se payait chez Mondo Gusto où 60FC qui se paie de l’autre côté de la frontière en Ouganda », dénonce Emmanuel.

Il continue en interpellant: « S’ils ne trouvent pas de solution, je ne sais pas comment l’objectif de la protection du parc sera atteint, parce qu’en fait la population majoritairement non instruite, ne sait rien de la protection du parc. Elle a opté pour le courant après avoir vu qu’il était plus avantageux que le charbon de bois ».

Risque de remettre la pression sur le parc

En effet, des nombreuses familles ont tendance à retourner vers celle qui était déjà devenue une ancienne pratique pour beaucoup, l’utilisation de « Makala » ou charbon de bois ainsi que le Makuni(bois de chauffe).. « J’avais reçu un rechaud après s’être abonné mais je ne l’utilise plus, par peur d’être surfacturé. Parfois la facture peut aller jusqu’à 50 USD par mois. J’utilise maintenant le Makala pour la cuisson et le courant pour l’eclairage » témoigne Jeanne Maombi. Elle n’est pas la seule à revenir à l’utilisation de charbons de bois. La preuve en est que le prix d’un sac de Makala a doublé depuis quelques mois suite à l’engouement de la population. « Depuis des familles utilisent des réchauds, un sac de Makala courait 7 dollars. Maintenant il coûte 15 depuis quelques mois » soutien Emmanuel Muhozi.

 Des jeunes entrain de charger du charbon de bois avant de les transporter à un point de vente


Des jeunes entrain de charger du charbon de bois avant de les transporter à un point de vente

Selon un rapport publié en 2013 par l’organisation internationale WWF( World Wild Fund en anglais), la déforestation constitue l’une des principales menaces pour le parc des Virunga. Le taux de cette déforestation est considérable étant de l’ordre de 1% par an depuis des années ». Egalement, 80% de charbons de bois et de bois de chauffe utilisés dans la ville de Goma et ses environs sont issus du Parc des Virunga. Contactés à ce sujet pour savoir ce qu’ils en pensent, les responsables du parc notament l’Institut Congolais pour la conservation de la nature très réservés ont promis juste de fournir des explications dans les prochains jours. Le directeur de la société Virunga SARL quant à lui, soutient que l’opinion publique sera « incessamment fixée sur la situation après un échange avec le gouvernement central » sur demande de celui-ci.

Vers une éventuelle solution

Bien qu’aucune solution n’ait été trouvée jusque-là, les incessantes dénonciations de la population de Rutshuru à travers des organisations de la société civile n’auront pas été vaines. Le 6 décembre dernier, le député national François Nzekuye, élu de Rutshuru s’est joint à la lutte et a adressé une question au ministre en charge de l’énergie monsieur Jean-Marie Ingele Ifoto à ce sujet. On pouvait lire dans sa correspondance, « Monsieur le ministre, la fondation Virunga allègue que l’augmentation du prix est liée aux mesures prises par votre ministère en application à la loi sur l’électricité. Pouvez-vous nous dire lesquelles? Quelles mesures le gouvernement envisage pour permettre à cette population, qui vit principalement de l’agriculture et ayant des revenus faibles à acceder à ce courant, de ne plus mettre la pression sur les ressources forestières du parc des Virunga? « .

La réponse du ministre n’a pas tardé. Ce dernier a, à son tour, exigé des explications à la société Virunga SARL. « En vu de me permettre d’appréhender l’état de la question, je vous demande de me transférer sans délai les differents tarifs appliqués depuis la mise en marche industrielle de la centrale hydroélectrique de Matebe, » demande le ministre Ingele Ifoto dans sa correspondance.

Il ne s’agit pas effectivement d’une solution jusque-là, mais la population de Rutshuru pourrait peut-être espérer à une issue très prochaine si cette bonne volonté de part et d’autre restait constante.

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