Alors que les gouvernements célèbrent la signature d’un nouvel accord pour le climat, en remplacement du Protocole de Kyoto, les peuples autochtones se disent déçus et dénoncent l’absence de la prise en compte de leurs droits spécifiques et de la justice climatique.

Pour eux, l’accord de Paris, qui exclut les droits des autochtones, sonne comme une sentence de mort potentielle pour toutes les communautés vulnérables partout dans le monde. En effet, ces derniers plaidaient pour que le document final adopté par les Etats puissent reconnaître de manière spécifique leurs droits et la promotion des solutions climatiques en leur faveur, car, étant en première ligne des effets du changement climatique.

Les peuples autochtones estiment que leur leadership dans la protection de l’environnement devrait être intégré et appliqué à grande échelle dans la lutte contre le changement climatique. Aussi, en fonction de leur contexte spécifique, la régulation du climat ne sera effective que par l’arrêt de l’extraction des combustibles fossiles du sol et leur remplacement par les énergies 100% renouvelables.

Pour les communautés dépendantes des forêts, comme celles des pays du Bassin du Congo, la REDD+ est le cheval de bataille et le mécanisme pour la reconnaissance de leurs droits dans la lutte contre le changement et l’espoir d’obtenir enfin la justice climatique vis-à-vis des pays industrialisés. Pour  Kedi Mola, Secrétaire Générale du Réseau de populations autochtones pour la gestion durable des écosystèmes forestiers de la RDC (REPALEF), « l’accord de Paris aurait dû mieux considérer la REDD+, car les peuples autochtones et les communautés locales dépendent largement de ce mécanisme de réduction des émissions des gaz à effet de serre. Mais comme les Etats ont échoué à considérer ce processus dans l’accord, j’espère qu’ils peuvent se rattraper au niveau national, maintenant que ce processus est dans sa phase d’investissement ».

Les femmes, les populations autochtones pygmées de la République Démocratique du Congo n’ont pas bénéficient de l’accès à la terre, selon l’étude de Rights and Resource Institute. Photo/RRI

Les femmes, les populations autochtones pygmées de la République Démocratique du Congo n’ont pas bénéficient de l’accès à la terre, selon l’étude de Rights and Resource Institute. Photo/RRI

En effet, lors des négociations, une disposition essentielle pour les peuples autochtones a été supprimée. Elle formulait des garanties juridiquement contraignantes pour le respect de leur droit. Pour eux, beaucoup de solutions climatiques proposées dans le texte auront des conséquences de vie ou de mort sur eux. Pour exemple, la construction des barrages hydroélectriques ont en fait de grandes répercussions désastreuses sur les droits humains, l’environnement et le climat mondial.

« Pour lui, l’accord de Paris a été discuté sur quelques aspects, ignorant complètement  les connaissances et les savoirs endogènes des peuples autochtones, longtemps reconnus comme protectrice des ressources naturelles. Leurs savoirs peuvent contribuer dans la conservation de la nature et la lutte contre le réchauffement climatique. Ces savoirs auraient pu être pris en compte dans le transfert des technologies décidés lors de la COP21», ajoute Kedi Mola.

Sur la question du financement, l’accord n’a pas clarifié la place particulière des peuples autochtones et des communautés locales en cette matière. L’accord de Paris aurait dû précisé le système de partage des fonds et des bénéfice du marché du carbone entre les différentes parties prenantes, entre autres, les peuples autochtones qui ont pourtant longtemps gérés durablement les forêts du Bassin du Congo, aujourd’hui un enjeu majeur dans la lutte contre le changement climatique et dans les discussions internationales. Cet accord est donc superficiel en matière de financement.

Réagissant sur le texte de l’accord final, Patricia Gualinga de Sarayaku, activiste pour les droits des peuples Kichwa (en Amazonie) a déclaré : «Les résultats de l’accord de Paris confirment, une fois de plus, que les gouvernements ne se soucient pas de droits de l’homme. Autant qu’ils disent vouloir lutter contre le changement climatique, si elles ne respectent pas les droits et les territoires autochtones et continuent à extraire des ressources naturelles de façon incontrôlable, il n’y aura pas de véritable changement, ni la justice climatique et ce sera désastreux pour toute l’humanité et toute la vie « .

N’ayant pas reçu d’échos favorable à leurs revendications lors des accises de Paris, les peuples autochtones espèrent faire pression sur les gouvernements pour la reconnaissance de leurs droits, la prise en compte de leur vulnérabilité face aux effets néfastes du changement climatique ainsi que le rôle clé qu’ils doivent jouer pour la préservation de l’écosystème et la limitation de la température mondiale à un seuil acceptable pour l’humanité.

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