Tout a commencé lorsqu’à la fin de la guerre civile, les anciens miliciens se sont convertis en bucherons et charbonniers. Aujourd’hui, le département du Pool, au Congo-Brazzaville, connait une situation d’insécurité sans précédent depuis l’élection présidentielle de mars 2016, l’armée congolaise y pourchassant les présumés ex-rebelles Ninja qui se cachent dans la foret. Et depuis, le drame environnemental ne fait que s’accentuer dans la région et la déforestation poursuit son cycle infernal.

Les forêts de différentes contrées de cette région sont de type « forêts galeries » et occupent 12% de la superficie de cette région de 33.955,20 km². Mais par leur situation géographique, dans la périphérie de la plus grande ville et Capitale du Congo, ces forêts disparaissent chaque jour qui passe. Elles payent, depuis l’époque coloniale, le prix du développement démographique de Brazzaville, cette grande agglomération, dont les besoins énergétiques ne font qu’augmenter au fil des années. D’après certaines sources gouvernementales, plus de 6.000 hectares de forêts ont ainsi été détruites entre 2007 et 2009.

Le bois et le charbon, combustibles de prédilection au Congo.

Des quatre principales sources d’énergie dans les ménages congolais, le bois et le charbon de chauffe occupent la première place devant le gaz, le pétrole lampant et l’électricité. En effet, les Brazzavillois utilisent majoritairement du charbon de bois et du bois de chauffe qui proviennent de ces forêts, plutôt parler de ces bosquets, au vu de ce qui en restent.

Jusqu’à 90 kilomètres au Sud et au Nord de Brazzaville, ces forêts galeries sont des aires défigurées. Car il y est rare de voir un arbre sauvage (non fruitier) dont le tronc atteint un diamètre de 35 centimètres au moins. La cause étant bien évidemment le déboisement intensif par les charbonniers et bucherons habitant les villages alentour qui fournissent aux différents marchés de la ville capitale l’essentiel de ses ressources en énergie domestique pour la cuisine particulièrement au travers du bois et du charbon de chauffe. Dans les différents coins où l’on vend de la viande grillée, chez les centaines de femmes qui font des beignets de farine ou dans la plupart de restaurants de fortune, les fourneaux sont chauffés au bois ou au charbon. Chacun brûle jusqu’à 2 sacs de charbon ou une demi-dizaine de fagots de bois par jour.

Plus de la moitié des foyers brazzavillois utilisent encore le bois ou le charbon (parfois de façon mixte avec le butane) pour les besoins culinaires. Avec une population estimée à près de 2 millions d’habitants, il va de soi que les forêts et les brousses du Pool subissent une forte pression humaine due à la demande énergétique croissante de Brazzaville.

Exif_JPEG_420

Une situation contraire aux objectifs de la REDD+

L’enjeu du bois énergie figure dans la stratégie nationale REDD+. La Coordination Nationale de celle-ci en République du Congo a étudié de façon approfondie la place et l’impact de la consommation du bois-énergie dans ce pays.

67,1% des foyers de Brazzaville utilisent le bois et le charbon d’énergie, d’après un rapport publié en octobre 2014 par la Coordination Nationale REDD+. On peut encore y lire : « La satisfaction des ménages en énergie domestique demeure un des problèmes majeurs de la gestion des forêts, au regard de leurs impacts liés tant à la déforestation qu’à la dégradation forestière ».

Exif_JPEG_420

Le chômage et la pauvreté appuient l’accélération du déboisement !

Dans la plupart des localités sur la route de Kinkala, le bois et le charbon constituent la principale activité des hommes dans cette région où le sol est devenu pauvre pour l’agriculture à cause de ce fléau environnemental.

De Makana à Taba en passant par Madzia, Siassia, Mabaya , Koubola et bien d’autres localités, la coupe du bois est l’activité par excellence. Ainsi, le travail de la terre est relégué au second plan. Il suffit de marcher à travers champ pour s’apercevoir du nombre impressionnant des points d’émission de fumée, signe de la présence des fours de charbon ou de sillonner les pistes d’un village pour se rendre compte du nombre de fagots de bois exposés dans chaque concession, en attendant le passage des acheteurs grossistes.

En brousse, un paquet de bois est vendu à 150 Francs CFA et un sac de charbon à environ 4000 Francs CFA. Chaque paysan par mois peut produire 100 fagots ou 20 à 50 sacs de charbon d’un poids d’environ 20 kilogrammes. La Coordination Nationale REDD+ estime que la consommation du bois, en 2016 à Brazzaville, devrait atteindre 132 059 tonnes et celle du charbon 105 034 tonnes.

Fagots de bois dans une concession

Fagots de bois dans une concession

« Nous n’avons pas de travail et l’activité du bois est devenue notre seule source de revenu. J’ai 57 ans, je suis un ex-travailleur de la société de ciment Cidolou. Je suis au chômage depuis 1985. Ce n’est qu’avec cette activité du bois que je m’occupe de ma famille et de l’école de mes enfants », assure Jean Leonard Bahouna, habitant du village centre Taba, bucheron et charbonnier.

D’après Maximin Mboulafini, expert congolais en aménagement et certification forestière, « l’utilisation des ressources forestières est proportionnelle au niveau de pauvreté des populations. Plus elles sont pauvres, plus la forêt subit la pression humaine et même la sensibilisation à la gestion durable des ressources naturelles devient un coup d’épée dans l’eau ». Ainsi selon la Loi 16–2000 du 20 novembre 2000 sur le code forestier, il ne s’agit plus de déboisement mais de déforestation, vu qu’il il y a eu une grande perte de la couverture forestière.

Des forêts devenues des broussailles.

«Même les produits non ligneux comme le champignon, les chenilles et les asperges ont disparu des forêts du Pool…… Ma crainte, c’est de voir le Pool devenir un désert, car on coupe sans répit les arbres. Il n’y aura plus l’agriculture et nous mourrons de faim», explique Prosper Mayembo, Directeur départemental de l’environnement dans cette région, rapporte IPS international .

Des forêts, jadis verdoyantes avec des grands arbres et de grandes étendues ont disparu pour laisser la place à une broussaille et à des bosquets constitués d’arbustes squelettiques qui n’ont point le temps d’évoluer ou de se régénérer normalement. Dans le Pool Nord, il y en avait de la Tsiémé (rivière présente à Brazzaville) jusqu’à la Léfini, et dans le Pool Sud, elle partait de la « Patte d’oie » à Brazzaville jusqu’à la zone de Kindamba (forêt de Kibangou).

D’après le rapport précité de la Coordination Nationale REDD+, « la collecte du bois de chauffe et du charbon de bois dans les forêts naturelles constitue une des menaces des écosystèmes forestiers, du fait des technologies encore quasi rudimentaires tant pour l’utilisation du bois de chauffe (foyers non améliorés), que pour les techniques de carbonisation (meules enterrées ou fourneaux peu adaptés, avec des rendements de l’ordre de 12%) ».

A quelques encablures de Siassa, cette assertion de la Coordination Nationale REDD+ peut se vérifier. Auberge Ngadziami, 32 ans et mère de quatre enfants, coupe le bois en compagnie de son mari et de son plus grand fils âgé d’environ 12 ans. « Au lieu d’attendre les produits de l’agriculture, on préfère couper le bois pour le vendre en fagots ou sous forme de charbon. Le gain est rapide et plus intéressant ; à l’orée de la rentrée scolaire, c’est l’activité idéale pour avoir de l’argent pouvant permettre d’acheter les fournitures pour nos enfants », souligne-t-elle, dans un bosquet complètement rasé.

Le ballet des vieux camions de transport.

Dès que l’on sort de Brazzaville, aux péages de Nganga-Lingolo (au Sud) et de Kintélé (au Nord), débute tous les jours un spectacle particulier que constituent les « va et vient » de vieux camions (anciens véhicules militaires, vieilles Jeeps ou Land-Rovers…) qui transportent des sacs de charbon ou des fagots de bois. Des chargements dépassant le gabarit du véhicule.

De même, sur les routes nationales 1 et 2, en traversant les villages et hameaux des districts de Kinkala, Ignié et Mayama, les abords des voies sont exposés de longues rangées de sacs de charbon ou des amas de fagots de bois pour intéresser les usagers de la route ou les intermédiaires de cette chaine de valeur.

fagots de bois a vendre

fagots de bois a vendre

D’après Lambert Mabiala, juriste et Secrétaire de l’ONG Cercle d’Appui à la Gestion Durable des Forêts, « du point de vue de l’employabilité, cette chaine de valeur du bois et du charbon de chauffe occupe et nourrit au Congo plus de personnes que les filières gaz et électricité. Ce qui fait que le Département du Pool n’a plus de grande superficie forestière. Ce qui est encore déplorable, c’est le fait que certaines forêts soient gérées par des gens incontrôlés, des ex-combattants de différentes guerres civiles que le Congo a connues. Aujourd’hui le Pool est à un niveau de dégradation, de déforestation très avancé à cause de cette exploitation très accélérée. Et cela est très préjudiciable pour l’environnement vu que la forêt joue un très grand rôle dans le climat. Elle est aussi une ressource qui séquestre le carbone et permet aux populations de mener une vie harmonieuse».

La loi foulée au pied.

D’après le code forestier congolais, toute exploitation commerciale du bois devrait être soumise à des autorisations du Ministre de l’Économie forestière, du Développement durable et de l’Environnement. Mais dans la réalité, personne ne respecte ces procédures. Les paysans prélèvent des essences pour le bois et le charbon sans s’en référer. Ce qui fait que dans les villages et hameaux, la coupe du bois et la fabrication du charbon constituent la principale activité des hommes et de certaines femmes. Quand aux agents des services des eaux et forêts postés sur les routes pour la répression et le contrôle, ils perçoivent des « taxes tacites » qui finissent dans leurs poches pour laisser passer les camions de bois et de charbon ou par camion, aux dires des bucherons, on paye en nature en laissant à chaque barrière un sac de charbon ou 5 paquets de bois.